Note méthodologique, scientifique et éthique
Association SOS Écrans — Shelkid · PREVENTO · PREVENTO PLAY
Nous ne cherchons pas à convaincre, mais à exposer une méthode. Nous décrivons ce que nous faisons, sur quoi nous nous appuyons, et — avec autant de soin — ce que nous ne savons pas encore. Chaque affirmation porte sa source ou son statut.
1. Résumé exécutif
Qui, quoi, pourquoi
SOS Écrans est une association loi 1901 dont l'objet, déclaré aux statuts, est de prévenir et sensibiliser aux risques liés aux écrans et au cyberharcèlement chez les mineurs ; accompagner les familles, les enseignants et les éducateurs par des outils numériques gratuits.
Elle porte un écosystème de trois briques :
- PREVENTO — un site web de prévention en groupe : un atelier-quiz situationnel piloté par l'encadrant (enseignant, animateur, éducateur, coach, chef scout…), conçu pour s'enseigner sur plusieurs tranches d'âge (6–18 ans). Gratuit, sans compte, sans installation, anonyme.
- PREVENTO PLAY — une simulation sociale : ni jeu vidéo, ni quiz, ni film. Un micro-récit jouable, à la première personne d'un témoin ordinaire, qui montre la mécanique d'une exclusion de groupe (les silences, le « vu à 23 h », les micro-validations) sans insulte, sans score, sans morale. Le vrai produit, c'est le débrief qui suit. Sa conception est très avancée — manifeste, doctrine en cinq lois, épisode pilote écrit et une première maquette d'interface — mais l'objet réellement jouable reste à assembler (cf. §3.7).
- Shelkid — un outil expérimental complémentaire (priorité Android) qui analyse, sur l'appareil, le texte qui transite par le téléphone de l'enfant, sans transmission ni consultation humaine du contenu. Le tournant de conception (25 mai 2026) : Shelkid ne cherche pas à lire l'intention dans les mots (illisible, codée, multilingue) ; il s'appuie de plus en plus sur la forme de la relation — des signaux comportementaux faibles : échanges surtout nocturnes, demande de secret, isolement, asymétrie (l'un pousse, l'autre se referme), migration de plateforme, changement brusque de ton. C'est une approche plus légère (classifieurs embarqués + signaux, pas de gros modèle), plus explicable et plus robuste au langage codé. Un veilleur prévient le parent si la protection est désactivée ; un bouton SOS (3018) est intégré. L'alerte transmet le niveau et la nature du risque, jamais le contenu ni l'identité d'un tiers. Sur Android, le texte ne part pas vers nos serveurs.
La raison d'être tient en une phrase : le contenu de prévention existe, le format de quiz live existe — mais personne ne combine un corpus de prévention sourcé, une mesure par groupe dans le temps, une éthique de minimisation des données (refus de toute surveillance intrusive), et une couche de détection complémentaire. Notre pari n'est pas de concurrencer ; c'est d'assembler honnêtement et d'ajouter la couche manquante.
Gouvernance (bloc d'identité)
| Champ | Valeur |
|---|
| Nom officiel | SOS ÉCRANS |
| Forme juridique | Association loi 1901, à but non lucratif |
| RNA | W751283606 |
| SIREN | 105 116 461 (statut actif) |
| Publication au JOAFE | Annonce n° 2041, parution n° 20260013 du 31 mars 2026 |
| Siège social | 186 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris |
| Contact public | [email protected] |
| Président | Emmanuel Klein |
| Trésorier | Largo Klein |
L'association compte deux personnes — le président et le trésorier — et zéro salarié. Le projet est aujourd'hui porté par une équipe associative très réduite — ce qui explique un développement progressif et la priorité donnée à la validation méthodologique avant tout déploiement large. Nous l'assumons : pour compenser cette petite taille, nous nous appuyons sur des outils d'intelligence artificielle comme aide à la production — toujours sous contrôle et validation humaine. Nous préférons que cette manière de travailler soit connue plutôt que tue.
La méthode en trois lignes
- Traçabilité des sources. Chaque affirmation pédagogique porte une source et un niveau de preuve ; sans source vérifiée, un contenu reste « brouillon » et n'est pas présenté à un jeune.
- Validation humaine. L'IA est un outil de production, pas une autorité. Elle prépare, l'humain tranche. Aucun contenu touchant au territoire clinique (la simulation sociale en particulier) n'est utilisé en séance sans validation préalable d'un pédopsychologue.
- Le témoin au centre, l'émotion jamais la terreur. Toute la pédagogie est calibrée pour entraîner le geste du témoin, sans dramatisation ni culpabilisation.
Cinq faits-clés, sourcés
- Environ 18 % des élèves déclarent avoir été victimes de cyberharcèlement, et 37 % déclarent avoir subi du harcèlement et/ou du cyberharcèlement (données françaises 2024 ; INSEE Références 2025 / DEPP).
- 25 % des 6–18 ans victimes de harcèlement déclarent avoir déjà pensé au suicide ou à l'automutilation — 39 % chez les filles victimes (e-Enfance / Caisse d'Épargne 2024). À manier avec sobriété.
- KiVa (Finlande) est l'un des programmes anti-harcèlement les mieux validés, et le plus étudié par essais contrôlés randomisés (RCT) — mais il est payant, fermé, et sans quiz live (Kärnä et al., PubMed 23659182). La plupart des dispositifs grand public, eux, sont des bibliothèques sans mesure d'efficacité.
- Environ 69 % des 12-17 ans utilisent un téléphone Android (Arcep / CREDOC, Baromètre du numérique 2024) — proportion encore plus marquée dans les milieux modestes. C'est pourquoi notre effort de détection porte d'abord sur Android (où l'analyse du texte, sur l'appareil, est possible), pas sur iOS.
- Les plus exposés semblent aussi les moins protégés (à manier avec prudence — déficit de protection plus que déterminisme social) : le cyberharcèlement frappe sur les lignes de fracture existantes — filles, jeunes LGBTQI+, en situation de handicap, d'origine migrante, identités cumulées (risque ×2 à ×3) — et dans les foyers où la supervision et la littératie numérique parentales sont moindres (synthèse de recherche, voir §2 et §3).
Les manques, en une ligne
À ce jour : le repérage des signaux comportementaux faibles est codé (et tourne sur l'appareil) mais non encore validé sur corpus français ; la reconstruction complète de Shelkid sur ces signaux comportementaux est en cours, et nous ne la présentons pas comme achevée ; la chaîne d'alerte a été éprouvée sur un téléphone Android réel mais pas sur une diversité d'appareils, ni diffusée largement ; PREVENTO compte aujourd'hui 323 questions, dont une partie portent déjà une source explicite et le sourçage du reste se poursuit ; PREVENTO PLAY dispose d'un manifeste, d'une doctrine, d'un épisode pilote écrit et d'une première maquette d'interface, mais pas encore d'un prototype jouable ; aucun pédopsychologue n'a encore apposé son « Sceau » ; aucun pilote terrain n'a été mené ; le rescrit fiscal est en cours.
2. Le problème, chiffré et sourcé
Le cyberharcèlement n'est pas un sujet en quête d'existence : les États, les ONG et les grandes plateformes y consacrent des moyens. Les chiffres ci-dessous sont repris des fichiers de recherche du dossier ; nous indiquons la source à chaque fois et signalons ce qui est solide de ce qui l'est moins.
Prévalence (France, 2024).
- ≈ 18 % des élèves déclarent avoir été victimes de cyberharcèlement ; 37 % déclarent du harcèlement et/ou du cyberharcèlement (INSEE Références 2025, « Cyberviolences dans les établissements scolaires et dans la société » / DEPP-DGESCO).
- Concentration sur le secondaire (≈ 22 % collège, ≈ 29 % lycée), mais le primaire monte vite (20 % en 2024 contre 13 % en 2023) ; l'âge moyen des victimes baisse.
- 80 % des victimes connaissent et côtoient leur agresseur — le cyberharcèlement n'est, dans la grande majorité des cas, pas le fait d'un inconnu. Nuance importante pour ne pas surinvestir la figure du prédateur extérieur.
Qui est touché — la donnée la plus robuste : les lignes de fracture.
- Filles davantage exposées aux cyberviolences à dimension sexuelle (rumeurs, images humiliantes) : 11 % des filles vs 7 % des garçons (INSEE/DEPP).
- Surexposition massive des jeunes LGBTQI+ (prévalence du cyberharcèlement de 10,5 % à 71,3 % selon les études), des jeunes en situation de handicap, d'origine migrante. Effet d'intersection : risque ×2 à ×3 chez les identités marginalisées cumulées (revues d'intersectionnalité NIH/PMC 2020–2025).
- Niveau social — réel mais complexe. Un enfant de 10 ans de milieu socio-économique faible aurait ~2× plus de risque de se déclarer cyberharcelé (EU Kids Online) ; mais la relation n'est pas linéaire et reste moins nette que pour le harcèlement physique. L'argument solide n'est pas un déterminisme social, mais le déficit de protection (supervision et littératie numérique parentales moindres). Nous le signalons comme « à manier avec prudence ».
- Territoire (rural/urbain). Pas de ventilation française fiable. Là où c'est mesuré (États-Unis), le rural est plutôt plus touché. Nous ne l'affirmons pas pour la France.
Gravité.
- Le lien cyber-victimation → idéation suicidaire / automutilation est confirmé par méta-analyses, au-delà du harcèlement traditionnel ; le cumul (scolaire + cyber) présente le risque de tentative le plus élevé (European Child & Adolescent Psychiatry, 2022).
- 25 % des 6–18 ans victimes ont déjà pensé au suicide / à l'automutilation, 39 % chez les filles (e-Enfance / Caisse d'Épargne 2024). Le suicide est la 2e cause de décès des 15–24 ans (Santé publique France 2023). Nous citons ces chiffres sobrement et ne construisons aucun argumentaire sur la peur.
Conséquence pour notre dispositif. Si les plus exposés sont aussi les moins protégés, alors l'outil doit aller vers eux : publics modestes, Android, relais écoles / REP / associations, et une détection qui ne repose pas sur la seule vigilance d'un parent déjà débordé.
3. Fondations scientifiques
Nous ne sommes pas psychologues. Nous nous appuyons sur des travaux publiés, et nous distinguons soigneusement ce qui est libellé exact / réutilisable de ce qui est seulement inspiration. Voici le socle.
3.1 Le harcèlement est un processus de groupe (Salmivalli)
Le cœur théorique de notre pédagogie est l'idée, fondée par Christina Salmivalli, que le harcèlement n'est pas un duo victime/agresseur mais un phénomène de groupe où chacun tient un rôle : meneur, assistant, renforçateur, témoin extérieur, défenseur.
- Source originale : **Salmivalli, Lagerspetz, Björkqvist, Österman & Kaukiainen (1996), Bullying as a group process, Aggressive Behavior, 22(1), 1–15** (paywall Wiley).
- Échelle réutilisable : la version auto-rapportée 15 items du Participant Role Questionnaire (attribuée à Salmivalli & Voeten, 2004) est reproduite verbatim dans un article en accès ouvert (PMC11851402) — ce qui la rend citable.
C'est de là que vient notre signature pédagogique : placer le témoin au centre, parce que c'est le groupe qui fait basculer une situation.
3.2 Le modèle du témoin (Latané & Darley)
L'entraînement du témoin s'appuie sur le modèle séquentiel d'intervention du témoin de Latané & Darley (les étapes : remarquer → percevoir l'urgence → se sentir responsable → savoir quoi faire → agir). C'est le cadre théorique explicitement repris par le programme FUSE (Irlande) et que nous adoptons pour structurer nos questions.
3.3 KiVa : l'un des programmes les mieux validés — et sa limite, dite honnêtement
KiVa (Université de Turku, Finlande) est le programme anti-harcèlement le plus étudié au monde, et l'un des mieux validés par essais contrôlés randomisés (RCT).
- Résultats fondateurs (Finlande, 2007–2008, 234 écoles, ~8 000 élèves) : baisse de l'intimidation/victimation de 17–30 % ; réplications en Italie (tailles d'effet 0,24–0,40) et aux Pays-Bas. Référence : Kärnä et al. (PubMed 23659182).
- Honnêteté requise : le RCT au Pays de Galles (2020) n'a PAS trouvé d'effet significatif sur le critère principal (victimation auto-déclarée). L'efficacité dépend du contexte et de la fidélité d'implémentation. Nous le citons tel quel — c'est exactement la posture que nous revendiquons.
- Limite de transposition : KiVa est payant et fermé (le questionnaire opérationnel de Turku est sous licence ; ~20 £/élève la première année). Nous nous en inspirons sur l'architecture (la boucle de mesure annuelle baseline → post, restituée par groupe), jamais sur le contenu.
Ce que nous retenons de KiVa pour PREVENTO : le rythme annuel baseline (T0) → post (T1), la double mesure participants et encadrants (résultat et fidélité d'implémentation), et le « point de repère d'une année sur l'autre par groupe » qui transforme un quiz en outil de pilotage.
3.4 Instruments de mesure (ce que l'on mesure, et avec quoi)
Notre choix méthodologique central : mesurer l'auto-efficacité (« je me sens capable d'agir »), pas seulement la connaissance — parce que l'auto-efficacité prédit mieux le passage à l'acte du témoin.
- DABSS — Dublin Anti-Bullying Self-Efficacy Scales (Sargioti et al., 2022), sous-jacent au programme FUSE (Irlande). En accès ouvert (PMC9969485). Structure : 4 échelles (victime/témoin × en ligne/hors ligne), chacune 20 items en 5 dimensions (reconnaître → comprendre l'urgence → se sentir responsable → savoir → intervenir), échelle de confiance 0–5, fiabilité α > .90. C'est notre banque d'items à adapter (pas à copier) et le squelette du « profil radar à 5 branches » du tableau de bord.
- rBVQ / OBVQ d'Olweus (1996) — instrument de prévalence de référence (sous licence) : nous en reprenons la logique de gabarit (définir le harcèlement à l'élève avant de questionner ; cadre temporel fixe ; fréquences standardisées), pas le texte des items. Une adaptation française validée du rBVQ existe.
- PRQ (Salmivalli & Voeten, 2004) pour les rôles de groupe (cf. 3.1).
- Digital Health Index belge (Safeonweb / CCB) — modèle d'UX de restitution (score global + par thème + comparaison à une moyenne de référence + remédiation ciblée).
3.5 Corpus pédagogique réutilisable (licences vérifiées)
En amont des contenus, nous avons constitué un corpus de travail interne consolidé d'environ 320 000 mots, en treize récoltes documentaires, indexées par source / licence / niveau de preuve. Il couvre les principaux programmes de prévention au monde — KiVa (Finlande), Olweus (Norvège), Common Sense, Be Internet Awesome et StopBullying (États-Unis), eSafety (Australie), FUSE (Irlande), jusqu'aux dispositifs coréen et japonais. À cela s'ajoute, côté Shelkid, un moteur de détection de plus de 1 600 lignes (motifs FR + EN, plusieurs couches) adapté de la recherche publiée.
Ce corpus est notre matière première — et notre garde-fou : seules les sources en licence libre y sont effectivement réutilisées dans les contenus publiés ; le reste demeure de l'étude et de l'inspiration, jamais republié tel quel.
- StopBullying.gov (U.S. Dept. of Health & Human Services) — domaine public : définitions (les 3 critères : comportement agressif non désiré, déséquilibre de pouvoir, répétition ; les 3 spécificités du cyber : persistant, permanent, difficile à repérer).
- Be Internet Awesome / Interland (Google) — CC BY 4.0 : la seule grande source mondiale clairement libre et réutilisable commercialement (vocabulaire enfant, leçons empathie, rôle du témoin).
- eSafety (Australie) — CC BY 4.0 (« Rewrite Your Story » : réécrire la scène).
- Kit ISC « Vivre ensemble » (ANCT) — Licence Etalab 2.0 : le principal contenu français libre.
- Inspiration seulement (à ne pas copier) : KiVa, Olweus, Common Sense (CC BY-NC-ND : ni traduire ni modifier), CEOP, Internet Matters, MediaSmarts (reproduction non lucrative mais pas d'adaptation), et les programmes coréen (Eoullim), japonais (kokoro / omoiyari).
3.6 Ancrage dans la recherche française
Nous nous appuyons aussi sur la recherche française en matière de cyberviolence et de climat scolaire, ainsi que sur des ressources françaises en accès libre — notamment le dataset CyberAgressionAdo-v1 (agressions en ligne annotées en français, Ollagnier, Cabrio, Villata & Blaya, LREC 2022 ; HAL hal-03765860), que nous visons comme corpus de validation pour Shelkid (cf. §5). Les références précises figurent en bibliographie (§8.1).
3.7 Fondations de la simulation sociale (PREVENTO PLAY)
PREVENTO PLAY mérite qu'on en expose la conception, parce que c'est la brique la plus singulière de l'écosystème — et la plus exposée au reproche de gadget. Ce n'en est pas un.
Une catégorie à part, revendiquée. PREVENTO PLAY n'est ni un jeu vidéo (pas de fun, pas de mascotte, pas de score), ni un quiz, ni un film (pas d'arc dramatique, pas de climax). Nous l'appelons simulation sociale : le joueur incarne un témoin ordinaire d'un groupe — jamais la victime, jamais le héros — et fait défiler un fil de messagerie sur cinq « jours ». Ce qu'on lui donne à voir n'est pas une agression spectaculaire, mais la mécanique grise de l'exclusion : un message lu sans réponse, un « mdr » de trop, un « vu à 23 h », des silences qui s'accumulent. Aucune insulte crue, aucun méchant désigné. À intervalles, une pause : « qu'est-ce que tu fais ? », trois ou quatre choix dont aucun n'est évidemment bon (se taire protège socialement ; dire « arrêtez » coûte un risque). La fin est un constat froid, pas un score. Le vrai produit, c'est le débrief encadrant qui suit — l'objet-tiers (« Lucas », « Sami ») permettant de parler du système sans jamais désigner quiconque dans la classe.
Un moteur, pas une histoire figée. Au-dessus des épisodes, il y a un moteur paramétrique : des curseurs systémiques (vitesse de propagation, biais de la meute, présence d'alliés, visibilité de l'adulte, vitesse d'escalade) engendrent, à partir d'un même squelette, une collection de simulations adaptables à l'âge et au cadre. L'épisode pilote — « Le Screenshot » — est le premier d'une série possible, pas un objet isolé.
Fondé, pas improvisé. Le concept ne sort pas d'une intuition : il repose sur un inventaire mondial des dispositifs de prévention (KiVa, eSafety australien, Interland / Be Internet Awesome de Google, OK Groomer) et sur la littérature de la gamification, dont la convergence a fait émerger la catégorie « simulation sociale ». Il est encadré par une doctrine de conception en cinq lois gravées : (1) réalisme gris, jamais le spectaculaire ; (2) pas de punition morale — la neutralité doit offrir un bénéfice à court terme, le coût n'apparaissant que plus tard ; (3) la donnée est un miroir, pas un tribunal (« la pression du système a poussé vers la neutralité », jamais « 70 % ont été lâches ») ; (4) minimalisme austère, esthétique de notification, dans la lignée de Papers Please, Reigns ou Her Story — pas de Netflix ; (5) territoire clinique, donc Sceau d'un pédopsychologue obligatoire avant toute utilisation en séance.
L'honnêteté du statut. La conception est très avancée : le manifeste fondateur, la doctrine en cinq lois et l'épisode pilote « Le Screenshot », écrit jour par jour (J1→J5), sont gravés ; une première maquette d'interface (faux téléphone) existe déjà. Ce qui reste : transformer cette maquette en prototype réellement jouable (branchements, choix), finaliser le guide de débrief — peut-être le document le plus important — et, surtout, obtenir le Sceau d'un pédopsychologue avant toute utilisation en séance. PREVENTO PLAY est donc bien plus qu'une idée : un concept abouti et documenté dont l'objet jouable reste à assembler. Nous le présentons tel qu'il est.
4. Cadre éthique
Notre éthique n'est pas un supplément ; c'est la contrainte de conception. Six principes, gravés.
- Le Bouclier de vérité. Chaque affirmation porte une source et un niveau de preuve (primaire / secondaire / tradition / reconstruction). Sans source vérifiée, un contenu reste « brouillon » et n'est jamais affiché à un jeune. L'IA ne se valide jamais elle-même.
- Le Sceau humain. Sur tout territoire clinique — la simulation sociale manipule du stress social, de l'empathie, de la cognition morale — aucune utilisation en séance sans validation préalable d'un pédopsychologue ou d'un chercheur spécialiste du harcèlement. L'IA prépare le dossier ; l'humain tranche. Ce Sceau n'a pas encore été apposé : nous n'avons pas identifié de pédopsychologue à ce jour (cf. §7).
- Émotion juste, jamais la terreur. Pas de statistique anxiogène, pas de suicide brandi, pas de dramatisation. La séance finit toujours sur du constructif (la réparation), jamais sur la peur. Nous vendons la mémoire et l'entraide.
- Le témoin au centre — sans injonction héroïque. La recherche dit que les témoins comptent ; nous ne laissons jamais entendre « si tu n'as rien dit, c'est ta faute ». Toute question sur le témoin s'accompagne du droit de ne pas agir seul, ni tout de suite.
- Empowerment plutôt que surveillance. Côté Shelkid, refus explicite de toute intrusion disproportionnée dans la vie privée : un enfant surveillé en cachette apprend à se cacher, pas à se protéger. L'enfant sait que l'application est là (transparence absolue) ; l'alerte transmet le niveau et la nature du risque, jamais le texte ni l'identité d'un tiers (« contact inconnu » + catégorie).
- Le texte ne quitte pas le téléphone (Android). Le texte des applications est analysé sur l'appareil, sans envoi serveur ; ce qui transite encore (l'analyse d'image et un assistant optionnel, en cours de retrait) est analysé sans stockage durable. Aucune donnée n'est vendue, jamais ; le modèle économique ne repose ni sur la publicité comportementale ni sur l'exploitation commerciale des données des familles (cf. §5.3 pour la vérité technique précise, par le code, et §6 pour les implications).
Garde-fous opérationnels des quiz (détaillés dans nos doctrines internes DOCTRINE-QUIZ-PREVENTO et MASTER-SIMULATION-SOCIALE) :
- Déniabilité — le participant répond sans jamais avoir à se désigner comme victime.
- Trauma-safe — chaque question sensible peut être passée, et la séquence entière est auditée pour rester respirable.
- Recours externe — orientation systématique vers le 3018 si le premier adulte n'aide pas.
5. Fondations techniques (honnêtes)
5.1 Architecture mobile
Aucune furtivité. L'application est installée avec le parent, visible en permanence sur le téléphone, activée volontairement, et l'enfant sait qu'elle est là : c'est un contrôle parental déclaré, jamais caché.
Le principe Shelkid : l'application analyse localement le texte qui transite par le téléphone de l'enfant — sans transmission ni consultation humaine du contenu — et repère des signaux comportementaux faibles (la forme de la relation) pour alerter le parent sur le niveau et la nature d'un risque. Elle ne casse aucun chiffrement, ne fait pas de surveillance réseau, et — c'est le point décisif sur Android — n'envoie ce texte à aucun serveur.
Shelkid face aux autres approches
La plupart des solutions du marché sont d'excellents filtres et bloqueurs (limiter le temps, interdire des applications) ou des filtres à mots-clés (chercher des « gros mots » dans le contenu). Shelkid fait un autre pari : plutôt que de lire l'intention dans les mots, il mesure la forme de la relation, sur l'appareil. Nous comparons donc des approches, pas des notes — et seulement sur les axes où la différence est réelle et vérifiable. Plusieurs de ces applications sont, sur le filtrage, plus matures que nous ; nous ne le cachons pas. La forme de la relation — les signaux comportementaux faibles — est le cœur de l'approche. À titre secondaire et borné, un filet complémentaire repère des configurations compatibles avec certaines situations explicites (par exemple une logique de sextorsion ou une demande d'image) et observe la trajectoire de la relation sur la durée. Ce volet ne prétend pas détecter une intention : il signale des configurations, jamais une certitude. Le filet complète le cœur, il ne le remplace pas.
| Critère | Contrôles parentaux classiques (Bark, Qustodio, Aura…) | Blocage natif (Apple Temps d'écran, Google Family Link) | Shelkid |
| Objet de l'analyse | Le contenu / les mots (souvent a posteriori) | Pas d'analyse de contenu — blocage et filtrage d'apps | La forme de la relation (signaux comportementaux faibles) |
| Où le texte est analysé | Sur leurs serveurs (cloud, souvent hors UE) | Sur l'appareil, mais sans lecture sémantique | Sur l'appareil, sans transmission ni consultation humaine du contenu |
| Signaux comportementaux faibles (pas un simple mot-clé) | Variable, surtout en anglais | Non | Nocturne, secret, isolement, asymétrie, migration (codé ; validation sur corpus en cours) |
| Ce que reçoit le parent | Souvent le contenu / les messages (intrusif) | Rapports d'usage | Le niveau et la nature du risque — jamais le contenu, jamais le nom d'un tiers |
| Langue & souveraineté | Souvent EN, serveurs US | UI en français, infrastructure US | Français ; trajectoire vers un hébergement FR/UE |
| Transparence vis-à-vis de l'enfant | Variable (parfois furtif) | Déclaré | Déclaré, jamais caché (principe) |
| Atelier de prévention collectif lié | Non | Non | Oui (PREVENTO) |
| Modèle | Abonnement payant | Gratuit | Gratuit |
Lecture honnête : Shelkid ne remplace pas un bloqueur de temps d'écran ; il ajoute la couche que personne d'autre ne fait — comprendre la dynamique d'un échange, sur l'appareil, et alerter sans dénoncer. C'est là qu'est notre avance.
Android — c'est là que Shelkid donne sa pleine mesure
Sur Android, le système d'exploitation autorise ce que le bac à sable d'Apple interdit : qu'une application repère des indices de risque, avec le consentement explicite, parmi les signaux faibles circulant dans les autres applications — l'analyse se faisant localement, sur l'appareil, sans transmission ni consultation humaine du contenu. Shelkid s'appuie sur quatre piliers.
1. Le clavier Shelkid — capteur transparent. Un clavier système (le clavier Shelkid) contribue à l'analyse locale du texte, sur l'appareil, dans toutes les applications qui l'utilisent : WhatsApp, Snap, Discord, SMS, jeux. L'analyse reste sur l'appareil, sans transmission ni consultation humaine du contenu — il ne s'agit pas de casser un chiffrement (ce qui serait illégal et hors de portée). Un bouton SOS universel est intégré au clavier.
2. Le Service d'Accessibilité — lecture des signaux. Le Service d'Accessibilité analyse localement, sur l'appareil, les éléments propres à chaque application. Il porte deux fonctions que le clavier ne peut pas assurer : la mesure de la forme de la relation (une dérive qui se construit sur plusieurs échanges) et le repérage d'un contact inconnu.
3. Le moteur d'analyse, entièrement sur l'appareil — la forme plutôt que les mots. Plutôt que de traquer l'intention dans les mots, le moteur local mesure des signaux comportementaux faibles : échanges surtout nocturnes, demande de secret, isolement, asymétrie (l'un pousse, l'autre se referme), migration de plateforme, changement brusque de ton. Sa règle de conception est centrale, et nous y tenons : aucun signal isolé ne déclenche d'alerte. Ce qui alerte, c'est la configuration d'ensemble — plusieurs signaux cumulés, ou un signal assorti d'un contact inconnu. Cette approche est plus légère, plus explicable (« ton enfant parle à un inconnu, la nuit, qui demande le secret ») et plus robuste au langage codé qu'un filtre à mots-clés. C'est une reconstruction en cours : nous ne prétendons pas qu'elle est achevée.
4. Le verrou anti-contournement. Un dispositif de protection qu'un enfant désactive en trois clics ne protège personne. Shelkid se défend à deux niveaux.
- Sur tout téléphone (déployé) : un veilleur en arrière-plan vérifie toutes les 15 minutes — et immédiatement au redémarrage du téléphone — que le clavier et l'accessibilité Shelkid sont toujours actifs. À la moindre coupure, il prévient le parent (SMS + e-mail), via une file d'attente persistante qui résiste à une perte de réseau. Le retrait des droits d'administration de l'appareil déclenche la même alerte.
- Sur appareil dédié (cible institutionnelle) : en mode Device Owner — un téléphone réinitialisé et provisionné pour l'enfant — la désinstallation et la désactivation deviennent structurellement impossibles. C'est le « vrai verrou », réservé à la distribution institutionnelle (par exemple les Cités éducatives) ; il reste un chantier de déploiement, distinct du watchdog qui, lui, fonctionne déjà partout.
L'alerte au parent transmet le niveau (orange / rouge) et la nature du risque (catégorie + « contact inconnu »), par SMS et e-mail — jamais le contenu du message, jamais le nom d'un tiers. Protéger sans dénoncer.
Ce n'est pas qu'une intention de code : la chaîne d'alerte a été testée pour de vrai, de deux façons. D'abord sur plusieurs modèles Android en émulateur (tests virtuels, reproductibles) ; ensuite sur un téléphone Android physique (Redmi) : un message de harcèlement saisi par l'enfant a bien déclenché l'alerte, et l'e-mail au parent a effectivement été reçu (22 mai 2026). Un défaut bloquant repéré ce jour-là a été corrigé dans la foulée. Reste à éprouver la chaîne sur une plus grande diversité d'appareils et de versions d'Android (cf. §7).
Pourquoi Android, et pas d'abord iOS — un choix social autant que technique
Ce choix n'est pas un pis-aller, c'est une boussole. Environ 69 % des 12-17 ans en France utilisent un téléphone Android (Arcep / CREDOC, Baromètre du numérique 2024) — Apple ne domine que chez les 18-24 ans. Surtout, Android est nettement surreprésenté dans les milieux les plus modestes, où la supervision parentale et la littératie numérique sont les plus difficiles à mobiliser (cohorte Elfe / Inserm ; travaux du Pr. Debarbieux ; en réseau d'éducation prioritaire, 4,4 % d'auteurs déclarés contre 2,5 % en moyenne nationale — DEPP, Enquête harcèlement 2023). Autrement dit : les publics les plus exposés sont aussi les moins protégés, et ils sont sur Android. Concentrer l'effort de détection sur Android n'est donc pas une facilité technique — c'est aller là où le besoin est le plus criant. Un outil qui ne fonctionnerait que sur iPhone tournerait le dos à ceux qui en ont le plus besoin.
iPhone — la limite, dite franchement
Apple a ses propres garde-fous parentaux (Temps d'écran, API FamilyControls), qui permettent de bloquer ou filtrer des applications. Nous avons développé pour iOS un navigateur sécurisé. Mais le bac à sable d'Apple interdit hermétiquement à une application tierce de lire le contenu textuel circulant dans les autres applications (iMessage, WhatsApp, Snap, Instagram). Une analyse sémantique du harcèlement y est donc structurellement impossible — non par retard de notre part, mais par architecture du système. Sur iPhone, Shelkid ne couvre pas les applications natives ; nous le disons et nous y travaillons. C'est sur Android que Shelkid donne sa pleine mesure.
5.2 Détection multi-couches — état réel
La détection est organisée en couches, du plus simple au plus complexe. Il est essentiel de distinguer ce qui est déployé de ce qui est codé mais non validé, et où chaque couche s'exécute (sur l'appareil ou sur serveur).
- Déployé, sur l'appareil — moteur d'analyse FR + EN. Le cœur de l'analyse texte tourne sur le téléphone, dans le moteur local, sans aucun appel réseau. La bascule du 25 mai 2026 oriente ce moteur de plus en plus vers la forme de la relation — des signaux comportementaux faibles (échanges nocturnes, demande de secret, isolement, asymétrie, migration de plateforme, changement brusque de ton) — plutôt que vers la traque de mots isolés. Ce travail s'appuie sur des recherches publiées — Street et al. (2024), arXiv 2409.07958 (analyse de contexte et au niveau message) ; les travaux d'O'Connell ; le BF-PSR Framework (Université de São Paulo) pour les signaux comportementaux (heure tardive, fréquence, questions intrusives). C'est ce moteur qui implémente la règle d'or : aucun signal seul n'alerte, seule la configuration d'ensemble le fait.
- La limite honnête de cette couche. Ces motifs sont écrits à la main et n'ont pas encore été validés empiriquement sur un corpus français annoté. Depuis (mai 2026), nous avons franchi une étape : un modèle de langage fine-tuné (CamemBERT, « E5 ») a été entraîné puis mesuré sur un jeu de test scellé — jamais vu pendant l'apprentissage — bâti sur le corpus CyberAgressionAdo (Ollagnier, Cabrio, Villata & Blaya, LREC 2022 ; HAL hal-03765860) complété de cas neutres. Sur ce hold-out (n=107), il obtient un F1 macro ≈ 81 % (IC 95 % [69–87]) ; et sur 720 conversations normales d'adolescents, il ne déclenche une fausse alerte que 0,56 % du temps (IC 95 % [0,22–1,42]). Mais — et nous le disons franchement — ce résultat n'est pas statistiquement supérieur (test de McNemar) à une règle simple sur ce petit échantillon, et une partie du corpus de contrôle est synthétique. Ce que nous observons confirme aussi qu'aucune couche unique ne suffit et justifie l'empilement. Nous parlons donc d'un moteur prometteur, mais pas encore prouvé au sens strict : sa validation par des chercheurs spécialisés est l'étape suivante. (Détail chiffré et explication simple : voir Sous le capot.)
- Héritage serveur (Detoxify / Perspective). Une génération antérieure de l'architecture faisait analyser le texte par un worker Cloudflare adossé à un modèle de toxicité multilingue (Detoxify / multilingual-toxic-xlm-roberta, Apache 2.0) et à Perspective API (Google Jigsaw). Ce worker existe toujours dans le dépôt, mais l'application Android ne lui envoie plus le texte des messageries : l'analyse a été rapatriée sur l'appareil (cf. § 5.3). Cet héritage demeure une piste de renfort hors-ligne (modèle local embarqué), pas une dépendance d'exécution. Plus largement, nous migrons l'ensemble des traitements qui passent encore par un serveur — y compris l'envoi des e-mails et des SMS d'alerte — vers des prestataires français / européens : la cible est zéro serveur hors d'Europe.
- Annoncées, non intégrées en production. L'adaptation française de séquences type Roblox Sentinel (Apache 2.0) et le fine-tuning sur le dataset MentalManip (ACL 2024) figurent dans notre feuille de route comme pistes ; ils ne sont pas en production validée.
5.3 Où le texte est analysé — la vérité, par le code
C'est l'affirmation la plus sensible d'un dispositif de protection de l'enfance, et nous la fondons sur l'inspection du code, pas sur une intention.
Sur Android, le texte des applications ne quitte pas le téléphone. Le clavier et le Service d'Accessibilité font appel au moteur d'analyse localement ; le code est explicite (« 100 % local — on-device — aucun envoi réseau »), et il n'existe dans l'application Android aucun appel au worker pour analyser le texte des messageries, ni aucun appel à HuggingFace. Le texte écrit ou reçu dans WhatsApp, Snap, Discord, les SMS ou les jeux est analysé sur place, puis n'est ni transmis ni conservé. C'est un argument fort, et il est vrai aujourd'hui.
Deux réserves, par souci d'exactitude :
- Un assistant conversationnel optionnel (en cours de retrait). Tant qu'il est présent, la requête que l'enfant lui adresse — par nature destinée à un service — transite par notre serveur, où une couche de sûreté l'analyse. Ce flux sort de l'appareil ; il est analysé en mémoire, sans stockage durable.
- Les images. La détection de contenu visuel (NSFW) sur les images reçues est en cours de refonte avec un fournisseur spécialisé, dans une logique de conformité RGPD ; tant que ce chantier n'est pas clos, du contenu visuel peut encore quitter l'appareil. C'est le dernier point où du contenu quitte l'appareil, et nous ne revendiquons donc pas encore « rien ne quitte le téléphone » pour les images.
Pour la part qui transite encore par nos serveurs (l'analyse d'image et un assistant optionnel, en cours de retrait), les principes valent sans exception : ces contenus sont transmis sans aucun identifiant personnel (ni nom, ni numéro de téléphone, ni compte), de façon pseudonymisée, en transit et sans stockage ; aucune donnée n'est vendue (cf. principe 6, §4) ; aucun nom de tiers n'est jamais transmis au parent (l'alerte dit « contact inconnu » et une catégorie). Cette part résiduelle est en cours de migration vers des prestataires français / européens (objectif : plus aucun serveur hors d'Europe, e-mails et SMS d'alerte compris). Pour l'IA conversationnelle — notamment l'aide à la préparation des séances PREVENTO par l'encadrant — nous avons déjà retenu une solution française et souveraine : Mistral. En clair : l'analyse du texte est déjà 100 % sur l'appareil ; l'analyse d'image est en cours de refonte avec un fournisseur spécialisé (conformité RGPD), et il reste à finir de rapatrier le reste en Europe.
5.4 Moyens, coûts et besoins
L'infrastructure technique est volontairement frugale : le site et les workers tournent sur Cloudflare (Pages + Workers), pour un coût marginal. C'est un choix d'économie assumé — mais ce n'est pas là que se situe le besoin.
Le coût réel, jusqu'ici, tient à deux choses : le travail d'une personne seule sur près d'une année, et un investissement personnel déjà engagé (plusieurs milliers d'euros en outils de conception et de développement). Le projet a été entièrement autofinancé à ce stade.
Pour passer d'un ensemble de prototypes à un dispositif validé et déployable, les besoins identifiés sont d'un autre ordre : accompagnement juridique (RGPD, analyse d'impact AIPD, cadre de la capture au clavier), validation par un pédopsychologue, sourçage complet du corpus pédagogique, et un pilote de terrain mesuré. C'est l'objet de la démarche de financement en cours.
6. Gouvernance et transparence
- Structure. Association loi 1901, deux personnes (président : Emmanuel Klein ; trésorier : Largo Klein), zéro salarié. Identité juridique vérifiable (RNA W751283606, SIREN 105 116 461, JOAFE du 31 mars 2026).
- Données. Le détail technique, vérifié par le code, est en §5.3. En résumé : sur Android, le texte est analysé sur l'appareil ; la part qui transite encore (images, assistant optionnel en cours de retrait) part sans aucun identifiant personnel, sans stockage durable, et migre vers des serveurs européens. Aucune donnée vendue ; l'alerte se limite au niveau et à la nature du risque. PREVENTO reste sans compte, sans installation, anonyme.
- RGPD. Une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) et une consultation juridique spécialisée — notamment sur l'articulation de la capture locale au clavier avec l'article 226-15 du Code pénal (secret des correspondances), et sur les droits des mineurs de 15 ans sur leurs propres données — sont intégrées à notre feuille de route réglementaire, préalables à tout déploiement grand public.
- Fiscalité. Le rescrit fiscal est en cours.
- Documents officiels (statuts, récépissé de préfecture, PV d'assemblée constitutive, liste des dirigeants, publication au JO) sont disponibles sur demande à [email protected].
- Modèle économique. Gratuité absolue des outils, financement par dons et subventions. Cette gratuité est un choix éthique documenté (les inégalités face aux écrans sont attestées — INSERM/ELFE) autant qu'un positionnement.
7. Ce que nous ne savons pas encore / ce qui reste à valider
Cette section est, à nos yeux, la plus importante. Un dispositif sérieux se reconnaît à ce qu'il sait nommer ses limites.
- iOS partiellement aveugle — limite permanente. Le bac à sable d'Apple interdit la lecture des messages des applications natives. Ce n'est pas un retard de développement : c'est structurel et durable. Sur iPhone, Shelkid ne couvre pas la détection de messages.
- Moteur de signaux comportementaux : codé, non encore validé sur corpus ; reconstruction en cours. Le repérage des signaux faibles (sur l'appareil) existe et la chaîne d'alerte est éprouvée, mais il n'a pas été validé systématiquement sur corpus français annoté, et la reconstruction complète de Shelkid sur ces signaux comportementaux n'est pas achevée. Un modèle fine-tuné (« E5 ») a depuis été mesuré sur un jeu de test scellé (n=107) : F1 macro ≈ 81 % (IC 95 % [69–87]) et 0,56 % de fausses alertes sur 720 conversations normales — prometteur, mais non statistiquement supérieur à une règle simple à ce stade (McNemar), et en partie sur corpus synthétique. La validation par des chercheurs spécialisés reste à faire.
- Chaîne d'alerte validée sur un appareil ; reste à éprouver sur d'autres. La chaîne complète (détection → alerte → e-mail parent reçu) a été validée en conditions réelles sur un téléphone Android physique (Redmi, 22/05/2026). Elle n'a pas encore été testée sur une diversité de constructeurs et de versions d'Android, ni diffusée largement. L'application iOS, elle, est compilée mais limitée par construction (cf. point 1).
- Angles morts assumés sur Android. Nous les listons sans les masquer : (a) audio — les messages vocaux (WhatsApp, Snap) ne sont pas transcrits on-device, c'est un angle mort total ; (b) images — l'analyse d'image (NSFW) est en cours de refonte avec un fournisseur spécialisé, dans une logique de conformité RGPD ; tant que ce chantier n'est pas clos, du contenu visuel peut encore quitter l'appareil, et nous ne disons pas que rien ne le quitte ; (c) applications hors-liste — une messagerie comme Signal n'est pas encore couverte par les identifiants de vue ; (d) désactivation — l'accessibilité et le clavier restent désactivables sur un téléphone ordinaire (la coupure est détectée et signalée au parent par le watchdog, mais non empêchée) ; le verrou total (désinstallation impossible) n'existe qu'en mode Device Owner, sur appareil dédié.
- PREVENTO : 323 questions aujourd'hui, dont une partie portent déjà une source explicite. Le sourçage du reste du corpus se poursuit sous Bouclier de vérité. Une question non sourcée reste « brouillon » et n'est pas présentée à un jeune.
- PREVENTO PLAY : conception très avancée, objet jouable à assembler. Le manifeste, la doctrine en cinq lois, l'épisode pilote (« Le Screenshot », J1→J5) et une première maquette d'interface existent ; restent le prototype réellement jouable, le guide de débrief finalisé, et le Sceau d'un pédopsychologue.
- Sceau pédopsychologue non apposé. Aucun pédopsychologue ni chercheur spécialiste n'a, à ce jour, validé les contenus pour une utilisation en séance. La règle l'exige avant tout usage en séance de la simulation sociale.
- Aucun pilote terrain. Le pilote (par ex. plusieurs groupes réels sur le terrain) — préalable à toute prétention d'efficacité — n'a pas été mené.
- Mesure de la compréhension, pas du comportement. Nous mesurons l'évolution de la compréhension et de l'auto-efficacité par groupe ; nous ne mesurons pas le comportement réel, et nous le disons. La preuve d'efficacité comportementale d'un programme se construit (modèle KiVa, étude coût-efficacité à 2 ans) ; elle ne se proclame pas.
- Cadre juridique RGPD / fiscal en cours. AIPD, conseil pénaliste sur la capture clavier, et rescrit fiscal restent à finaliser.
8. Annexes
8.1 Bibliographie (références vérifiées, regroupées par thème)
Toutes les références ci-dessous proviennent des fichiers de travail du dossier et y figurent avec leur source. Les libellés exacts d'items ne sont réutilisés que lorsqu'ils sont publiés en accès ouvert.
Cadre théorique — processus de groupe et rôle du témoin
- Salmivalli, C., Lagerspetz, K., Björkqvist, K., Österman, K. & Kaukiainen, A. (1996). Bullying as a group process: Participant roles and their relations to social status within the group. Aggressive Behavior, 22(1), 1–15. (Paywall Wiley.)
- Salmivalli, C. & Voeten, M. (2004). Connections between attitudes, group norms, and behaviour in bullying situations. International Journal of Behavioral Development, 28(3), 246–258. Items du PRQ (15) reproduits en accès ouvert : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11851402/
- Latané, B. & Darley, J. — modèle séquentiel d'intervention du témoin (cadre théorique repris par FUSE).
Mesure et efficacité
- Kärnä, A. et al. — essai contrôlé randomisé KiVa, effet sur la victimation y compris cyber : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23659182/ ; programme : https://www.kivaprogram.net/
- RCT KiVa Pays de Galles (2020) — absence d'effet significatif sur le critère principal (à citer tel quel).
- Sargioti, A. et al. (2022). Dublin Anti-Bullying Self-Efficacy Models and Scales (DABSS), accès ouvert : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9969485/ ; programme FUSE : https://antibullyingcentre.ie/fuse/
- Olweus, D. (1996). Revised Olweus Bully/Victim Questionnaire (rBVQ/OBVQ) — instrument sous licence ; validation chilienne OBVQ-R : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8072054/
- Safeonweb / CCB — Belgian Digital Health Index : https://safeonweb.be/en/digital-health-index
- Méta-analyses d'efficacité des programmes : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8218972/
Corpus pédagogique (licences)
- StopBullying.gov (U.S. DHHS) — domaine public : https://www.stopbullying.gov/cyberbullying/what-is-it
- Be Internet Awesome / Interland (Google) — CC BY 4.0 : https://beinternetawesome.withgoogle.com/en_us/educators
- eSafety Commissioner (Australie) — CC BY 4.0 : https://www.esafety.gov.au/educators/classroom-resources
- Kit ISC « Vivre ensemble » (ANCT) — Licence Etalab 2.0 : https://lesbases.anct.gouv.fr/ressources/kit-atelier-favoriser-le-vivre-ensemble-et-prevenir-le-cyberharcelement-cycle-4-lycee-12-18-ans
Cyberharcèlement — France et Europe
- INSEE Références 2025, « Cyberviolences dans les établissements scolaires et dans la société » (SSMSI) ; DEPP-DGESCO.
- e-Enfance / Caisse d'Épargne 2024 (Audirep) ; Santé publique France 2023 ; Rapport Sénat harcèlement (2021).
- EU Kids Online & Net Children Go Mobile (LSE) ; JRC Commission européenne 2025 ; Görzig, Milosevic & Staksrud (2017) ; European Child & Adolescent Psychiatry (2022, méta-analyses) ; Tippett & Wolke (2014).
- Blaya, C. — La cyberviolence (Que sais-je ?, PUF, 2025, ISBN 9782715429345) ; « L'école à l'ère du 2.0 — Climat scolaire et cyberviolence » (PDF MEN, HAL halshs-03534707).
- Ollagnier, A., Cabrio, E., Villata, S. & Blaya, C. (2022). Dataset CyberAgressionAdo-v1 (agressions en ligne annotées en français), LREC 2022 ; HAL hal-03765860.
- Debarbieux, É. — « Du climat scolaire : définitions, effets et politiques publiques » (PDF MEN) ; « Refuser l'oppression quotidienne » (rapport MEN, 2011).
Détection technique — fondations de Shelkid (l'application)
- Street, J. et al. (2024). Enhanced Online Grooming Detection Employing Context Determination and Message-Level Analysis, arXiv:2409.07958.
- O'Connell, R. — modèle des phases du grooming (notamment phase de désensibilisation sexuelle).
- BF-PSR Framework (Université de São Paulo) — signaux comportementaux de grooming.
- Detoxify / unitary/multilingual-toxic-xlm-roberta — modèle de toxicité multilingue, licence Apache 2.0 (HuggingFace).
- Perspective API (Google Jigsaw) — détection de toxicité en français.
- Pistes non intégrées en production : Roblox Sentinel (Apache 2.0) ; MentalManip (ACL 2024).
Cadre éducatif et programmatique (inspiration, non copiés)
- pHARe / « Non au Harcèlement » (éduscol) — cadre d'entrée dans les établissements.
- KiVa (Finlande), Olweus (Norvège), Eoullim (Corée), éducation morale / kokoro (Japon, NIER) — inspirations, non réutilisées telles quelles.
8.2 Glossaire éthique
- Bouclier de vérité — Règle selon laquelle toute affirmation porte une source et un niveau de preuve (primaire / secondaire / tradition / reconstruction). L'absence de source est affichée, jamais comblée. Un contenu non sourcé reste « brouillon » et n'est pas présenté à un jeune.
- Sceau (Sceau humain) — Validation finale, par un humain compétent (pédopsychologue ou chercheur), obligatoire avant toute utilisation en séance d'un contenu touchant au territoire clinique. L'IA prépare le dossier ; elle ne s'auto-valide jamais. Le passage d'un statut incertain à « validé » est un acte humain conscient.
- Témoin au centre — Principe pédagogique déplaçant l'attention du duo victime/agresseur vers le groupe et le rôle du témoin (défenseur potentiel), parce que c'est le groupe qui fait basculer une situation — sans jamais transformer ce rôle en injonction héroïque ni en culpabilisation.
- Émotion jamais la terreur — On mobilise l'empathie et la mémoire, jamais la peur ; aucune statistique anxiogène, aucune dramatisation ; la séance finit sur du constructif.
- Empowerment plutôt que surveillance — L'enfant est acteur, informé et consentant, jamais objet d'une surveillance intrusive cachée ; l'alerte protège sans dénoncer (niveau + nature, jamais le texte ni l'identité d'un tiers).
- Analyse on-device / non-stockage — Sur Android, le texte des applications est analysé sur l'appareil, sans envoi serveur ; la part qui transite encore (l'analyse d'image et un assistant optionnel, en cours de retrait) est analysée sans stockage durable, sans aucun identifiant personnel et de façon pseudonymisée. Aucune donnée vendue — le modèle économique ne repose ni sur la publicité comportementale ni sur l'exploitation commerciale des données des familles ; recours assumé et explicité, pour cette part résiduelle, à des modèles tiers.
- Auto-efficacité — Croyance « je me sens capable de… » ; ce que nous mesurons en priorité, parce qu'elle prédit mieux le passage à l'acte que la connaissance factuelle.
8.3 Ressources techniques libres & communauté open-source
Shelkid — notre application — et PREVENTO n'existeraient pas sans le travail partagé de la communauté des développeuses et des développeurs. Nous tenons à le dire clairement : une large part de nos briques techniques repose sur des outils libres de droits, mis à disposition de tous. Nous nous y appuyons, et nous comptons y rendre nos propres contributions.
- Detoxify / multilingual-toxic-xlm-roberta (Unitary) — détection de toxicité multilingue, licence Apache 2.0.
- Cloudflare Pages & Workers — hébergement et exécution du site et des services (en cours de migration vers des prestataires européens).
- ML Kit / TensorFlow Lite (Google, open source) — briques d'analyse sur l'appareil côté texte. (L'analyse d'image, elle, est en cours de refonte avec un fournisseur spécialisé, conformité RGPD.)
- Datasets de recherche en accès ouvert — CyberAgressionAdo-v1 (HAL hal-03765860) ; MentalManip (ACL 2024).
- Roblox Sentinel (Apache 2.0) — séquences de référence, piste d'adaptation française.
- Et l'ensemble des standards et bibliothèques ouverts (Android AOSP, services d'accessibilité, formats du Web) sur lesquels repose l'application.
À toute cette communauté, qui partage son travail pour que d'autres construisent : merci. Et — comme on se le souhaite entre développeurs — bon code, et bonne chance.