SOS ÉCRANS 📄 PDF V2 en préparation

Note méthodologique, scientifique et éthique

Association SOS Écrans — Shelkid · PREVENTO · PREVENTO PLAY
Nous ne cherchons pas à convaincre, mais à exposer une méthode. Nous décrivons ce que nous faisons, sur quoi nous nous appuyons, et — avec autant de soin — ce que nous ne savons pas encore. Chaque affirmation porte sa source ou son statut.

1. Résumé exécutif

Qui, quoi, pourquoi

SOS Écrans est une association loi 1901 dont l'objet, déclaré aux statuts, est de prévenir et sensibiliser aux risques liés aux écrans et au cyberharcèlement chez les mineurs ; accompagner les familles, les enseignants et les éducateurs par des outils numériques gratuits.

Elle porte un écosystème de trois briques :

La raison d'être tient en une phrase : le contenu de prévention existe, le format de quiz live existe — mais personne ne combine un corpus de prévention sourcé, une mesure par groupe dans le temps, une éthique de minimisation des données (refus de toute surveillance intrusive), et une couche de détection complémentaire. Notre pari n'est pas de concurrencer ; c'est d'assembler honnêtement et d'ajouter la couche manquante.

Gouvernance (bloc d'identité)

ChampValeur
Nom officielSOS ÉCRANS
Forme juridiqueAssociation loi 1901, à but non lucratif
RNAW751283606
SIREN105 116 461 (statut actif)
Publication au JOAFEAnnonce n° 2041, parution n° 20260013 du 31 mars 2026
Siège social186 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
Contact public[email protected]
PrésidentEmmanuel Klein
TrésorierLargo Klein

L'association compte deux personnes — le président et le trésorier — et zéro salarié. Le projet est aujourd'hui porté par une équipe associative très réduite — ce qui explique un développement progressif et la priorité donnée à la validation méthodologique avant tout déploiement large. Nous l'assumons : pour compenser cette petite taille, nous nous appuyons sur des outils d'intelligence artificielle comme aide à la production — toujours sous contrôle et validation humaine. Nous préférons que cette manière de travailler soit connue plutôt que tue.

La méthode en trois lignes

  1. Traçabilité des sources. Chaque affirmation pédagogique porte une source et un niveau de preuve ; sans source vérifiée, un contenu reste « brouillon » et n'est pas présenté à un jeune.
  2. Validation humaine. L'IA est un outil de production, pas une autorité. Elle prépare, l'humain tranche. Aucun contenu touchant au territoire clinique (la simulation sociale en particulier) n'est utilisé en séance sans validation préalable d'un pédopsychologue.
  3. Le témoin au centre, l'émotion jamais la terreur. Toute la pédagogie est calibrée pour entraîner le geste du témoin, sans dramatisation ni culpabilisation.

Cinq faits-clés, sourcés

  1. Environ 18 % des élèves déclarent avoir été victimes de cyberharcèlement, et 37 % déclarent avoir subi du harcèlement et/ou du cyberharcèlement (données françaises 2024 ; INSEE Références 2025 / DEPP).
  2. 25 % des 6–18 ans victimes de harcèlement déclarent avoir déjà pensé au suicide ou à l'automutilation — 39 % chez les filles victimes (e-Enfance / Caisse d'Épargne 2024). À manier avec sobriété.
  3. KiVa (Finlande) est l'un des programmes anti-harcèlement les mieux validés, et le plus étudié par essais contrôlés randomisés (RCT) — mais il est payant, fermé, et sans quiz live (Kärnä et al., PubMed 23659182). La plupart des dispositifs grand public, eux, sont des bibliothèques sans mesure d'efficacité.
  4. Environ 69 % des 12-17 ans utilisent un téléphone Android (Arcep / CREDOC, Baromètre du numérique 2024) — proportion encore plus marquée dans les milieux modestes. C'est pourquoi notre effort de détection porte d'abord sur Android (où l'analyse du texte, sur l'appareil, est possible), pas sur iOS.
  5. Les plus exposés semblent aussi les moins protégés (à manier avec prudence — déficit de protection plus que déterminisme social) : le cyberharcèlement frappe sur les lignes de fracture existantes — filles, jeunes LGBTQI+, en situation de handicap, d'origine migrante, identités cumulées (risque ×2 à ×3) — et dans les foyers où la supervision et la littératie numérique parentales sont moindres (synthèse de recherche, voir §2 et §3).

Les manques, en une ligne

À ce jour : le repérage des signaux comportementaux faibles est codé (et tourne sur l'appareil) mais non encore validé sur corpus français ; la reconstruction complète de Shelkid sur ces signaux comportementaux est en cours, et nous ne la présentons pas comme achevée ; la chaîne d'alerte a été éprouvée sur un téléphone Android réel mais pas sur une diversité d'appareils, ni diffusée largement ; PREVENTO compte aujourd'hui 323 questions, dont une partie portent déjà une source explicite et le sourçage du reste se poursuit ; PREVENTO PLAY dispose d'un manifeste, d'une doctrine, d'un épisode pilote écrit et d'une première maquette d'interface, mais pas encore d'un prototype jouable ; aucun pédopsychologue n'a encore apposé son « Sceau » ; aucun pilote terrain n'a été mené ; le rescrit fiscal est en cours.


2. Le problème, chiffré et sourcé

Le cyberharcèlement n'est pas un sujet en quête d'existence : les États, les ONG et les grandes plateformes y consacrent des moyens. Les chiffres ci-dessous sont repris des fichiers de recherche du dossier ; nous indiquons la source à chaque fois et signalons ce qui est solide de ce qui l'est moins.

Prévalence (France, 2024).

Qui est touché — la donnée la plus robuste : les lignes de fracture.

Gravité.

Conséquence pour notre dispositif. Si les plus exposés sont aussi les moins protégés, alors l'outil doit aller vers eux : publics modestes, Android, relais écoles / REP / associations, et une détection qui ne repose pas sur la seule vigilance d'un parent déjà débordé.


3. Fondations scientifiques

Nous ne sommes pas psychologues. Nous nous appuyons sur des travaux publiés, et nous distinguons soigneusement ce qui est libellé exact / réutilisable de ce qui est seulement inspiration. Voici le socle.

3.1 Le harcèlement est un processus de groupe (Salmivalli)

Le cœur théorique de notre pédagogie est l'idée, fondée par Christina Salmivalli, que le harcèlement n'est pas un duo victime/agresseur mais un phénomène de groupe où chacun tient un rôle : meneur, assistant, renforçateur, témoin extérieur, défenseur.

C'est de là que vient notre signature pédagogique : placer le témoin au centre, parce que c'est le groupe qui fait basculer une situation.

3.2 Le modèle du témoin (Latané & Darley)

L'entraînement du témoin s'appuie sur le modèle séquentiel d'intervention du témoin de Latané & Darley (les étapes : remarquer → percevoir l'urgence → se sentir responsable → savoir quoi faire → agir). C'est le cadre théorique explicitement repris par le programme FUSE (Irlande) et que nous adoptons pour structurer nos questions.

3.3 KiVa : l'un des programmes les mieux validés — et sa limite, dite honnêtement

KiVa (Université de Turku, Finlande) est le programme anti-harcèlement le plus étudié au monde, et l'un des mieux validés par essais contrôlés randomisés (RCT).

Ce que nous retenons de KiVa pour PREVENTO : le rythme annuel baseline (T0) → post (T1), la double mesure participants et encadrants (résultat et fidélité d'implémentation), et le « point de repère d'une année sur l'autre par groupe » qui transforme un quiz en outil de pilotage.

3.4 Instruments de mesure (ce que l'on mesure, et avec quoi)

Notre choix méthodologique central : mesurer l'auto-efficacité (« je me sens capable d'agir »), pas seulement la connaissance — parce que l'auto-efficacité prédit mieux le passage à l'acte du témoin.

3.5 Corpus pédagogique réutilisable (licences vérifiées)

En amont des contenus, nous avons constitué un corpus de travail interne consolidé d'environ 320 000 mots, en treize récoltes documentaires, indexées par source / licence / niveau de preuve. Il couvre les principaux programmes de prévention au monde — KiVa (Finlande), Olweus (Norvège), Common Sense, Be Internet Awesome et StopBullying (États-Unis), eSafety (Australie), FUSE (Irlande), jusqu'aux dispositifs coréen et japonais. À cela s'ajoute, côté Shelkid, un moteur de détection de plus de 1 600 lignes (motifs FR + EN, plusieurs couches) adapté de la recherche publiée.

Ce corpus est notre matière première — et notre garde-fou : seules les sources en licence libre y sont effectivement réutilisées dans les contenus publiés ; le reste demeure de l'étude et de l'inspiration, jamais republié tel quel.

3.6 Ancrage dans la recherche française

Nous nous appuyons aussi sur la recherche française en matière de cyberviolence et de climat scolaire, ainsi que sur des ressources françaises en accès libre — notamment le dataset CyberAgressionAdo-v1 (agressions en ligne annotées en français, Ollagnier, Cabrio, Villata & Blaya, LREC 2022 ; HAL hal-03765860), que nous visons comme corpus de validation pour Shelkid (cf. §5). Les références précises figurent en bibliographie (§8.1).

3.7 Fondations de la simulation sociale (PREVENTO PLAY)

PREVENTO PLAY mérite qu'on en expose la conception, parce que c'est la brique la plus singulière de l'écosystème — et la plus exposée au reproche de gadget. Ce n'en est pas un.

Une catégorie à part, revendiquée. PREVENTO PLAY n'est ni un jeu vidéo (pas de fun, pas de mascotte, pas de score), ni un quiz, ni un film (pas d'arc dramatique, pas de climax). Nous l'appelons simulation sociale : le joueur incarne un témoin ordinaire d'un groupe — jamais la victime, jamais le héros — et fait défiler un fil de messagerie sur cinq « jours ». Ce qu'on lui donne à voir n'est pas une agression spectaculaire, mais la mécanique grise de l'exclusion : un message lu sans réponse, un « mdr » de trop, un « vu à 23 h », des silences qui s'accumulent. Aucune insulte crue, aucun méchant désigné. À intervalles, une pause : « qu'est-ce que tu fais ? », trois ou quatre choix dont aucun n'est évidemment bon (se taire protège socialement ; dire « arrêtez » coûte un risque). La fin est un constat froid, pas un score. Le vrai produit, c'est le débrief encadrant qui suit — l'objet-tiers (« Lucas », « Sami ») permettant de parler du système sans jamais désigner quiconque dans la classe.

Un moteur, pas une histoire figée. Au-dessus des épisodes, il y a un moteur paramétrique : des curseurs systémiques (vitesse de propagation, biais de la meute, présence d'alliés, visibilité de l'adulte, vitesse d'escalade) engendrent, à partir d'un même squelette, une collection de simulations adaptables à l'âge et au cadre. L'épisode pilote — « Le Screenshot » — est le premier d'une série possible, pas un objet isolé.

Fondé, pas improvisé. Le concept ne sort pas d'une intuition : il repose sur un inventaire mondial des dispositifs de prévention (KiVa, eSafety australien, Interland / Be Internet Awesome de Google, OK Groomer) et sur la littérature de la gamification, dont la convergence a fait émerger la catégorie « simulation sociale ». Il est encadré par une doctrine de conception en cinq lois gravées : (1) réalisme gris, jamais le spectaculaire ; (2) pas de punition morale — la neutralité doit offrir un bénéfice à court terme, le coût n'apparaissant que plus tard ; (3) la donnée est un miroir, pas un tribunal (« la pression du système a poussé vers la neutralité », jamais « 70 % ont été lâches ») ; (4) minimalisme austère, esthétique de notification, dans la lignée de Papers Please, Reigns ou Her Story — pas de Netflix ; (5) territoire clinique, donc Sceau d'un pédopsychologue obligatoire avant toute utilisation en séance.

L'honnêteté du statut. La conception est très avancée : le manifeste fondateur, la doctrine en cinq lois et l'épisode pilote « Le Screenshot », écrit jour par jour (J1→J5), sont gravés ; une première maquette d'interface (faux téléphone) existe déjà. Ce qui reste : transformer cette maquette en prototype réellement jouable (branchements, choix), finaliser le guide de débrief — peut-être le document le plus important — et, surtout, obtenir le Sceau d'un pédopsychologue avant toute utilisation en séance. PREVENTO PLAY est donc bien plus qu'une idée : un concept abouti et documenté dont l'objet jouable reste à assembler. Nous le présentons tel qu'il est.


4. Cadre éthique

Notre éthique n'est pas un supplément ; c'est la contrainte de conception. Six principes, gravés.

  1. Le Bouclier de vérité. Chaque affirmation porte une source et un niveau de preuve (primaire / secondaire / tradition / reconstruction). Sans source vérifiée, un contenu reste « brouillon » et n'est jamais affiché à un jeune. L'IA ne se valide jamais elle-même.
  2. Le Sceau humain. Sur tout territoire clinique — la simulation sociale manipule du stress social, de l'empathie, de la cognition morale — aucune utilisation en séance sans validation préalable d'un pédopsychologue ou d'un chercheur spécialiste du harcèlement. L'IA prépare le dossier ; l'humain tranche. Ce Sceau n'a pas encore été apposé : nous n'avons pas identifié de pédopsychologue à ce jour (cf. §7).
  3. Émotion juste, jamais la terreur. Pas de statistique anxiogène, pas de suicide brandi, pas de dramatisation. La séance finit toujours sur du constructif (la réparation), jamais sur la peur. Nous vendons la mémoire et l'entraide.
  4. Le témoin au centre — sans injonction héroïque. La recherche dit que les témoins comptent ; nous ne laissons jamais entendre « si tu n'as rien dit, c'est ta faute ». Toute question sur le témoin s'accompagne du droit de ne pas agir seul, ni tout de suite.
  5. Empowerment plutôt que surveillance. Côté Shelkid, refus explicite de toute intrusion disproportionnée dans la vie privée : un enfant surveillé en cachette apprend à se cacher, pas à se protéger. L'enfant sait que l'application est là (transparence absolue) ; l'alerte transmet le niveau et la nature du risque, jamais le texte ni l'identité d'un tiers (« contact inconnu » + catégorie).
  6. Le texte ne quitte pas le téléphone (Android). Le texte des applications est analysé sur l'appareil, sans envoi serveur ; ce qui transite encore (l'analyse d'image et un assistant optionnel, en cours de retrait) est analysé sans stockage durable. Aucune donnée n'est vendue, jamais ; le modèle économique ne repose ni sur la publicité comportementale ni sur l'exploitation commerciale des données des familles (cf. §5.3 pour la vérité technique précise, par le code, et §6 pour les implications).

Garde-fous opérationnels des quiz (détaillés dans nos doctrines internes DOCTRINE-QUIZ-PREVENTO et MASTER-SIMULATION-SOCIALE) :


5. Fondations techniques (honnêtes)

5.1 Architecture mobile

Aucune furtivité. L'application est installée avec le parent, visible en permanence sur le téléphone, activée volontairement, et l'enfant sait qu'elle est là : c'est un contrôle parental déclaré, jamais caché.

Le principe Shelkid : l'application analyse localement le texte qui transite par le téléphone de l'enfantsans transmission ni consultation humaine du contenu — et repère des signaux comportementaux faibles (la forme de la relation) pour alerter le parent sur le niveau et la nature d'un risque. Elle ne casse aucun chiffrement, ne fait pas de surveillance réseau, et — c'est le point décisif sur Android — n'envoie ce texte à aucun serveur.

Shelkid face aux autres approches

La plupart des solutions du marché sont d'excellents filtres et bloqueurs (limiter le temps, interdire des applications) ou des filtres à mots-clés (chercher des « gros mots » dans le contenu). Shelkid fait un autre pari : plutôt que de lire l'intention dans les mots, il mesure la forme de la relation, sur l'appareil. Nous comparons donc des approches, pas des notes — et seulement sur les axes où la différence est réelle et vérifiable. Plusieurs de ces applications sont, sur le filtrage, plus matures que nous ; nous ne le cachons pas. La forme de la relation — les signaux comportementaux faibles — est le cœur de l'approche. À titre secondaire et borné, un filet complémentaire repère des configurations compatibles avec certaines situations explicites (par exemple une logique de sextorsion ou une demande d'image) et observe la trajectoire de la relation sur la durée. Ce volet ne prétend pas détecter une intention : il signale des configurations, jamais une certitude. Le filet complète le cœur, il ne le remplace pas.

CritèreContrôles parentaux classiques
(Bark, Qustodio, Aura…)
Blocage natif
(Apple Temps d'écran, Google Family Link)
Shelkid
Objet de l'analyseLe contenu / les mots (souvent a posteriori)Pas d'analyse de contenu — blocage et filtrage d'appsLa forme de la relation (signaux comportementaux faibles)
Où le texte est analyséSur leurs serveurs (cloud, souvent hors UE)Sur l'appareil, mais sans lecture sémantiqueSur l'appareil, sans transmission ni consultation humaine du contenu
Signaux comportementaux faibles (pas un simple mot-clé)Variable, surtout en anglaisNonNocturne, secret, isolement, asymétrie, migration (codé ; validation sur corpus en cours)
Ce que reçoit le parentSouvent le contenu / les messages (intrusif)Rapports d'usageLe niveau et la nature du risque — jamais le contenu, jamais le nom d'un tiers
Langue & souverainetéSouvent EN, serveurs USUI en français, infrastructure USFrançais ; trajectoire vers un hébergement FR/UE
Transparence vis-à-vis de l'enfantVariable (parfois furtif)DéclaréDéclaré, jamais caché (principe)
Atelier de prévention collectif liéNonNonOui (PREVENTO)
ModèleAbonnement payantGratuitGratuit

Lecture honnête : Shelkid ne remplace pas un bloqueur de temps d'écran ; il ajoute la couche que personne d'autre ne fait — comprendre la dynamique d'un échange, sur l'appareil, et alerter sans dénoncer. C'est là qu'est notre avance.

Android — c'est là que Shelkid donne sa pleine mesure

Sur Android, le système d'exploitation autorise ce que le bac à sable d'Apple interdit : qu'une application repère des indices de risque, avec le consentement explicite, parmi les signaux faibles circulant dans les autres applications — l'analyse se faisant localement, sur l'appareil, sans transmission ni consultation humaine du contenu. Shelkid s'appuie sur quatre piliers.

1. Le clavier Shelkid — capteur transparent. Un clavier système (le clavier Shelkid) contribue à l'analyse locale du texte, sur l'appareil, dans toutes les applications qui l'utilisent : WhatsApp, Snap, Discord, SMS, jeux. L'analyse reste sur l'appareil, sans transmission ni consultation humaine du contenu — il ne s'agit pas de casser un chiffrement (ce qui serait illégal et hors de portée). Un bouton SOS universel est intégré au clavier.

2. Le Service d'Accessibilité — lecture des signaux. Le Service d'Accessibilité analyse localement, sur l'appareil, les éléments propres à chaque application. Il porte deux fonctions que le clavier ne peut pas assurer : la mesure de la forme de la relation (une dérive qui se construit sur plusieurs échanges) et le repérage d'un contact inconnu.

3. Le moteur d'analyse, entièrement sur l'appareil — la forme plutôt que les mots. Plutôt que de traquer l'intention dans les mots, le moteur local mesure des signaux comportementaux faibles : échanges surtout nocturnes, demande de secret, isolement, asymétrie (l'un pousse, l'autre se referme), migration de plateforme, changement brusque de ton. Sa règle de conception est centrale, et nous y tenons : aucun signal isolé ne déclenche d'alerte. Ce qui alerte, c'est la configuration d'ensemble — plusieurs signaux cumulés, ou un signal assorti d'un contact inconnu. Cette approche est plus légère, plus explicable (« ton enfant parle à un inconnu, la nuit, qui demande le secret ») et plus robuste au langage codé qu'un filtre à mots-clés. C'est une reconstruction en cours : nous ne prétendons pas qu'elle est achevée.

4. Le verrou anti-contournement. Un dispositif de protection qu'un enfant désactive en trois clics ne protège personne. Shelkid se défend à deux niveaux.

L'alerte au parent transmet le niveau (orange / rouge) et la nature du risque (catégorie + « contact inconnu »), par SMS et e-mail — jamais le contenu du message, jamais le nom d'un tiers. Protéger sans dénoncer.

Ce n'est pas qu'une intention de code : la chaîne d'alerte a été testée pour de vrai, de deux façons. D'abord sur plusieurs modèles Android en émulateur (tests virtuels, reproductibles) ; ensuite sur un téléphone Android physique (Redmi) : un message de harcèlement saisi par l'enfant a bien déclenché l'alerte, et l'e-mail au parent a effectivement été reçu (22 mai 2026). Un défaut bloquant repéré ce jour-là a été corrigé dans la foulée. Reste à éprouver la chaîne sur une plus grande diversité d'appareils et de versions d'Android (cf. §7).

Pourquoi Android, et pas d'abord iOS — un choix social autant que technique

Ce choix n'est pas un pis-aller, c'est une boussole. Environ 69 % des 12-17 ans en France utilisent un téléphone Android (Arcep / CREDOC, Baromètre du numérique 2024) — Apple ne domine que chez les 18-24 ans. Surtout, Android est nettement surreprésenté dans les milieux les plus modestes, où la supervision parentale et la littératie numérique sont les plus difficiles à mobiliser (cohorte Elfe / Inserm ; travaux du Pr. Debarbieux ; en réseau d'éducation prioritaire, 4,4 % d'auteurs déclarés contre 2,5 % en moyenne nationale — DEPP, Enquête harcèlement 2023). Autrement dit : les publics les plus exposés sont aussi les moins protégés, et ils sont sur Android. Concentrer l'effort de détection sur Android n'est donc pas une facilité technique — c'est aller là où le besoin est le plus criant. Un outil qui ne fonctionnerait que sur iPhone tournerait le dos à ceux qui en ont le plus besoin.

iPhone — la limite, dite franchement

Apple a ses propres garde-fous parentaux (Temps d'écran, API FamilyControls), qui permettent de bloquer ou filtrer des applications. Nous avons développé pour iOS un navigateur sécurisé. Mais le bac à sable d'Apple interdit hermétiquement à une application tierce de lire le contenu textuel circulant dans les autres applications (iMessage, WhatsApp, Snap, Instagram). Une analyse sémantique du harcèlement y est donc structurellement impossible — non par retard de notre part, mais par architecture du système. Sur iPhone, Shelkid ne couvre pas les applications natives ; nous le disons et nous y travaillons. C'est sur Android que Shelkid donne sa pleine mesure.

5.2 Détection multi-couches — état réel

La détection est organisée en couches, du plus simple au plus complexe. Il est essentiel de distinguer ce qui est déployé de ce qui est codé mais non validé, et où chaque couche s'exécute (sur l'appareil ou sur serveur).

5.3 Où le texte est analysé — la vérité, par le code

C'est l'affirmation la plus sensible d'un dispositif de protection de l'enfance, et nous la fondons sur l'inspection du code, pas sur une intention.

Sur Android, le texte des applications ne quitte pas le téléphone. Le clavier et le Service d'Accessibilité font appel au moteur d'analyse localement ; le code est explicite (« 100 % local — on-device — aucun envoi réseau »), et il n'existe dans l'application Android aucun appel au worker pour analyser le texte des messageries, ni aucun appel à HuggingFace. Le texte écrit ou reçu dans WhatsApp, Snap, Discord, les SMS ou les jeux est analysé sur place, puis n'est ni transmis ni conservé. C'est un argument fort, et il est vrai aujourd'hui.

Deux réserves, par souci d'exactitude :

Pour la part qui transite encore par nos serveurs (l'analyse d'image et un assistant optionnel, en cours de retrait), les principes valent sans exception : ces contenus sont transmis sans aucun identifiant personnel (ni nom, ni numéro de téléphone, ni compte), de façon pseudonymisée, en transit et sans stockage ; aucune donnée n'est vendue (cf. principe 6, §4) ; aucun nom de tiers n'est jamais transmis au parent (l'alerte dit « contact inconnu » et une catégorie). Cette part résiduelle est en cours de migration vers des prestataires français / européens (objectif : plus aucun serveur hors d'Europe, e-mails et SMS d'alerte compris). Pour l'IA conversationnelle — notamment l'aide à la préparation des séances PREVENTO par l'encadrant — nous avons déjà retenu une solution française et souveraine : Mistral. En clair : l'analyse du texte est déjà 100 % sur l'appareil ; l'analyse d'image est en cours de refonte avec un fournisseur spécialisé (conformité RGPD), et il reste à finir de rapatrier le reste en Europe.

5.4 Moyens, coûts et besoins

L'infrastructure technique est volontairement frugale : le site et les workers tournent sur Cloudflare (Pages + Workers), pour un coût marginal. C'est un choix d'économie assumé — mais ce n'est pas là que se situe le besoin.

Le coût réel, jusqu'ici, tient à deux choses : le travail d'une personne seule sur près d'une année, et un investissement personnel déjà engagé (plusieurs milliers d'euros en outils de conception et de développement). Le projet a été entièrement autofinancé à ce stade.

Pour passer d'un ensemble de prototypes à un dispositif validé et déployable, les besoins identifiés sont d'un autre ordre : accompagnement juridique (RGPD, analyse d'impact AIPD, cadre de la capture au clavier), validation par un pédopsychologue, sourçage complet du corpus pédagogique, et un pilote de terrain mesuré. C'est l'objet de la démarche de financement en cours.


6. Gouvernance et transparence


7. Ce que nous ne savons pas encore / ce qui reste à valider

Cette section est, à nos yeux, la plus importante. Un dispositif sérieux se reconnaît à ce qu'il sait nommer ses limites.

  1. iOS partiellement aveugle — limite permanente. Le bac à sable d'Apple interdit la lecture des messages des applications natives. Ce n'est pas un retard de développement : c'est structurel et durable. Sur iPhone, Shelkid ne couvre pas la détection de messages.
  2. Moteur de signaux comportementaux : codé, non encore validé sur corpus ; reconstruction en cours. Le repérage des signaux faibles (sur l'appareil) existe et la chaîne d'alerte est éprouvée, mais il n'a pas été validé systématiquement sur corpus français annoté, et la reconstruction complète de Shelkid sur ces signaux comportementaux n'est pas achevée. Un modèle fine-tuné (« E5 ») a depuis été mesuré sur un jeu de test scellé (n=107) : F1 macro ≈ 81 % (IC 95 % [69–87]) et 0,56 % de fausses alertes sur 720 conversations normales — prometteur, mais non statistiquement supérieur à une règle simple à ce stade (McNemar), et en partie sur corpus synthétique. La validation par des chercheurs spécialisés reste à faire.
  3. Chaîne d'alerte validée sur un appareil ; reste à éprouver sur d'autres. La chaîne complète (détection → alerte → e-mail parent reçu) a été validée en conditions réelles sur un téléphone Android physique (Redmi, 22/05/2026). Elle n'a pas encore été testée sur une diversité de constructeurs et de versions d'Android, ni diffusée largement. L'application iOS, elle, est compilée mais limitée par construction (cf. point 1).
  4. Angles morts assumés sur Android. Nous les listons sans les masquer : (a) audio — les messages vocaux (WhatsApp, Snap) ne sont pas transcrits on-device, c'est un angle mort total ; (b) images — l'analyse d'image (NSFW) est en cours de refonte avec un fournisseur spécialisé, dans une logique de conformité RGPD ; tant que ce chantier n'est pas clos, du contenu visuel peut encore quitter l'appareil, et nous ne disons pas que rien ne le quitte ; (c) applications hors-liste — une messagerie comme Signal n'est pas encore couverte par les identifiants de vue ; (d) désactivation — l'accessibilité et le clavier restent désactivables sur un téléphone ordinaire (la coupure est détectée et signalée au parent par le watchdog, mais non empêchée) ; le verrou total (désinstallation impossible) n'existe qu'en mode Device Owner, sur appareil dédié.
  5. PREVENTO : 323 questions aujourd'hui, dont une partie portent déjà une source explicite. Le sourçage du reste du corpus se poursuit sous Bouclier de vérité. Une question non sourcée reste « brouillon » et n'est pas présentée à un jeune.
  6. PREVENTO PLAY : conception très avancée, objet jouable à assembler. Le manifeste, la doctrine en cinq lois, l'épisode pilote (« Le Screenshot », J1→J5) et une première maquette d'interface existent ; restent le prototype réellement jouable, le guide de débrief finalisé, et le Sceau d'un pédopsychologue.
  7. Sceau pédopsychologue non apposé. Aucun pédopsychologue ni chercheur spécialiste n'a, à ce jour, validé les contenus pour une utilisation en séance. La règle l'exige avant tout usage en séance de la simulation sociale.
  8. Aucun pilote terrain. Le pilote (par ex. plusieurs groupes réels sur le terrain) — préalable à toute prétention d'efficacité — n'a pas été mené.
  9. Mesure de la compréhension, pas du comportement. Nous mesurons l'évolution de la compréhension et de l'auto-efficacité par groupe ; nous ne mesurons pas le comportement réel, et nous le disons. La preuve d'efficacité comportementale d'un programme se construit (modèle KiVa, étude coût-efficacité à 2 ans) ; elle ne se proclame pas.
  10. Cadre juridique RGPD / fiscal en cours. AIPD, conseil pénaliste sur la capture clavier, et rescrit fiscal restent à finaliser.

8. Annexes

8.1 Bibliographie (références vérifiées, regroupées par thème)

Toutes les références ci-dessous proviennent des fichiers de travail du dossier et y figurent avec leur source. Les libellés exacts d'items ne sont réutilisés que lorsqu'ils sont publiés en accès ouvert.

Cadre théorique — processus de groupe et rôle du témoin

Mesure et efficacité

Corpus pédagogique (licences)

Cyberharcèlement — France et Europe

Détection technique — fondations de Shelkid (l'application)

Cadre éducatif et programmatique (inspiration, non copiés)

8.2 Glossaire éthique

8.3 Ressources techniques libres & communauté open-source

Shelkid — notre application — et PREVENTO n'existeraient pas sans le travail partagé de la communauté des développeuses et des développeurs. Nous tenons à le dire clairement : une large part de nos briques techniques repose sur des outils libres de droits, mis à disposition de tous. Nous nous y appuyons, et nous comptons y rendre nos propres contributions.

À toute cette communauté, qui partage son travail pour que d'autres construisent : merci. Et — comme on se le souhaite entre développeurs — bon code, et bonne chance.


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Note méthodologique · version 2 · mai 2026 · PDF en préparation