EUTERPE
vivre ensemble
La muse qui rend l'air respirable.
Pilier 4 de Prevento · adapté de Be Internet Awesome — It's Cool to Be Kind (Google + iKeepSafe, CC-BY 4.0) avec apports de Catherine Blaya (EU Kids Online, approche bystander) Public visé : 8-12 ans (CE2 à 6ème) · adaptable 7-14 ans Durée totale : 2h (6 activités) + jeu Interland Kind Kingdom Référentiel français : CRCN 2.1 (interagir) · CRCN 2.2 (partager et publier) · CRCN 2.3 (collaborer) · Programme pHARE du MEN
🎯 Ce qu'on cherche à transmettre
Le cyberharcèlement n'est presque jamais l'affaire de deux enfants — un agresseur, une victime. C'est presque toujours une foule silencieuse qui regarde. Cinq, dix, parfois cent témoins qui voient, qui scrollent, qui ne disent rien.
Or la recherche le montre clairement (Catherine Blaya, EU Kids Online, MEN pHARE) : ce sont les témoins qui font basculer la situation. Quand UN seul témoin dit "non, ça suffit", le harceleur recule presque toujours. Quand personne ne dit rien, la victime se sent seule contre tous.
Nous proposons aux enfants une chose simple : comprendre qu'ils ne sont jamais "juste" témoins. Voir, c'est déjà être dans l'histoire. Le choix qu'ils font alors — agir ou détourner les yeux — change ce qui se passe ensuite.
Euterpe, dans la mythologie grecque, est la Muse de la musique et de l'harmonie. Elle est celle qui rend l'air respirable, ce qui permet aux autres de chanter.
📚 Vocabulaire à connaître
| Mot | Définition simple pour l'enfant |
|---|---|
| Cyberharcèlement | Quand quelqu'un est attaqué, moqué, exclu de façon répétée en ligne. La répétition est ce qui fait la différence avec une dispute. |
| Témoin (bystander) | Quelqu'un qui voit ce qui se passe — mais qui ne dit rien et ne fait rien. |
| Auteur de gentillesse (upstander) | Quelqu'un qui voit ce qui se passe — et qui choisit d'agir : dire stop, soutenir la victime, prévenir un adulte. |
| Victime | La personne ciblée par les attaques. Elle n'a rien fait pour mériter ça. |
| Auteur (harceleur) | Celui ou celle qui agresse. Il peut être seul ou plusieurs. |
| Climat scolaire | L'ambiance générale dans l'école : se sent-on en sécurité, écouté, respecté ? Plus le climat est bon, moins il y a de harcèlement. |
| 3018 | Le numéro national contre le cyberharcèlement. Gratuit, anonyme, 7j/7. |
🎓 Objectifs pédagogiques
À la fin de ce pilier, l'enfant devrait pouvoir :
- 👀 Reconnaître une situation de cyberharcèlement (vs une simple dispute)
- 🤝 Comprendre son propre rôle quand il est témoin (le silence est un choix)
- 💬 Connaître des façons concrètes d'intervenir sans se mettre en danger
- 🆘 Savoir vers qui se tourner quand on est victime ou témoin
✨ Les 6 activités
Activité 1 — Du témoin à l'auteur de gentillesse
Durée : 20 min Matériel : tableau, feutres Mise en place : discussion collective
Le déroulé
- On commence par une question : "Si tu vois deux enfants qui se disputent dans la cour, qu'est-ce que tu fais ?" Les enfants proposent leurs réponses. On les note au tableau sans juger.
- On classe les réponses en 2 colonnes :
| 🟦 TÉMOIN | 🟧 AUTEUR DE GENTILLESSE |
|---|---|
| Je regarde de loin | J'interviens calmement |
| Je m'éloigne | Je vais chercher un adulte |
| Je continue ce que je faisais | Je dis "stop" |
| Je filme avec mon téléphone | Je console la victime |
| Je ris pour faire comme les autres | Je propose à la victime de partir avec moi |
- On présente le mot "upstander" — celui qui se lève (en anglais : "stand up = se lever"). En français on peut dire : auteur de gentillesse, ou simplement celui qui agit.
- Discussion : pourquoi c'est dur d'être un auteur de gentillesse ?
- Peur de devenir la prochaine cible
- Peur de "casser" l'ambiance
- On ne sait pas quoi dire
- On ne se sent pas concerné
On retient ensemble
Quand quelqu'un est attaqué et que personne ne réagit, la victime se sent seule contre tout le monde — même si la majorité des témoins, en vrai, désapprouve ce qui se passe.
💡 Le chiffre qui change tout (Save the Children Finland 2021) : 33% des ados victimes de cyberharcèlement n'en parlent à PERSONNE. 12% seulement préviennent un adulte. Ça veut dire que la victime ne va pas demander de l'aide toute seule. Les témoins doivent le faire pour elle.
Activité 2 — Cinq façons d'agir
Durée : 20 min Matériel : les 5 fiches "options upstander" (ci-dessous) Mise en place : par groupes de 3-4
L'idée
Agir, ça ne veut pas dire forcément se mettre en danger ou attaquer le harceleur. Il y a plusieurs façons d'être un auteur de gentillesse, certaines invisibles.
Les 5 options à proposer aux enfants
| Option | Comment ça marche | Niveau de risque pour toi |
|---|---|---|
| 🤐 Ne pas amplifier | Ne pas liker, ne pas commenter, ne pas partager le message méchant | Aucun risque, mais important : ton silence évite que le message se propage |
| 🤍 Soutenir la victime en privé | Lui écrire un message gentil en DM : "J'ai vu, je suis désolé pour toi. Tu n'es pas seul·e." | Aucun risque, énorme effet |
| 🗣 Dire "stop" publiquement | Commenter sous le message méchant : "Ça suffit. Pas drôle." — quand 1 personne le fait, souvent d'autres suivent | Petit risque (devenir cible) — mais avec d'autres c'est plus facile |
| 📸 Capturer puis signaler | Faire un screenshot et envoyer à l'appli (bouton "Signaler") OU à un adulte | Aucun risque pour toi |
| 🆘 Aller chercher un adulte | Parent, prof, CPE, ou appeler le 3018 | Aucun risque, c'est le réflexe le plus efficace pour les situations graves |
Le déroulé
- Chaque groupe reçoit les 5 options. Discussion : laquelle te paraît la plus facile ? La plus efficace ? Laquelle tu pourrais essayer toi ?
- Mise en commun. Si possible, on construit ensemble une grille de décision :
- Situation grave (menace physique, photo intime, idées suicidaires) → 5. adulte / 3018 tout de suite
- Quelqu'un est exclu / moqué de façon répétée → 2. soutien en privé + 4. signaler
- Une rumeur ou un message méchant circule → 1. ne pas amplifier + 3. dire stop si possible
On retient ensemble
Tu n'es pas obligé d'être un héros. Une seule des 5 options, même la plus "petite" (ne pas amplifier, soutenir en privé), fait déjà une différence pour la victime.
Activité 3 — Le dire avec bienveillance
Durée : 20 min Matériel : 4 situations à mettre en scène Mise en place : mise en scène par groupes de 2 (jeu de rôle)
L'idée
Être un auteur de gentillesse, c'est aussi savoir comment intervenir sans devenir soi-même agressif. Crier "tu es nul !" sur le harceleur, c'est ajouter de la violence à la violence.
Les 4 situations à jouer
Situation 1 — Un groupe se moque d'un copain parce qu'il est "trop gros". Tu veux intervenir. Comment ?
Situation 2 — Quelqu'un poste une story en se moquant d'une fille de la classe ("regardez sa tête sur cette photo c'est ouf"). Tu vois passer. Comment réagir ?
Situation 3 — Dans un groupe WhatsApp de classe, quelqu'un commence à insulter un absent. Plusieurs autres rient. Toi tu trouves ça moche.
Situation 4 — Un copain te dit en privé : "Tu sais qu'on a créé un faux compte sur celui-là, c'est trop drôle". Que dis-tu ?
Le déroulé
- Chaque binôme choisit UNE situation et la joue : un enfant joue l'auteur de gentillesse, l'autre joue le harceleur (ou un témoin passif).
- Présentation devant le groupe (volontaires).
- Discussion : qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qui aurait pu mieux marcher ?
Quelques phrases "auteur de gentillesse" à proposer aux enfants
- "Ça va trop loin là, on arrête."
- "Tu sais que c'est elle qu'on voit là ? Ça va lui faire de la peine."
- "J'aime pas ce qui se passe. Je sors du groupe."
- "Je vais en parler à quelqu'un, ça suffit."
- "Imagine si c'était toi."
On retient ensemble
Une phrase courte, calme, dite par une seule personne suffit souvent à faire bouger les choses. Tu n'as pas besoin d'être plus fort ou plus drôle que le harceleur. Tu as juste à dire NON.
Activité 4 — Le ton qui change tout
Durée : 15 min Matériel : liste de phrases (ci-dessous) Mise en place : discussion en groupe
L'idée
Une même phrase peut être affectueuse ou blessante, selon le ton et le contexte. À l'écrit, le ton est souvent mal compris. Une blague entre copains peut devenir une humiliation pour quelqu'un d'autre qui la lit.
Les phrases à examiner
| Phrase | Avec un sourire entre copains | Lue par quelqu'un d'autre |
|---|---|---|
| "T'es trop bête" | Affectueux | Insultant |
| "Ferme-la mdr" | Taquinerie | Méchanceté |
| "Personne t'a sonné" | Blague | Exclusion |
| "On rigole pas dans ta tête" | Joke | Moquerie |
Discussion
- Avez-vous déjà vu un message entre copains être mal interprété ?
- Comment savoir si une phrase va blesser quelqu'un ?
- Que faire si vous voyez passer une blague qui peut blesser quelqu'un (par exemple un enfant nouveau dans la classe qui ne sait pas que c'est "pour rire") ?
Astuces pour bien doser
- 🟧 Ajouter un emoji peut aider à montrer le ton (😄 🤣) — mais ce n'est pas garanti
- 🟧 Si tu doutes, mieux vaut envoyer en privé qu'en public
- 🟧 Si quelqu'un te dit "ça m'a blessé", on le croit — pas la peine de débattre du ton
On retient ensemble
À l'écrit, on perd le ton, le visage, le contexte. Avant d'écrire, on peut se demander : "Si cette phrase me revenait à moi, est-ce que je la trouverais drôle ?"
Activité 5 — Marcher comme on parle
Durée : 20 min Matériel : feuille personnelle Mise en place : réflexion individuelle puis discussion
L'idée
Être bienveillant ne suffit pas si on ne l'est qu'en théorie. La question est : moi, dans ma vie quotidienne en ligne, est-ce que je suis cohérent avec ce que je viens de dire ?
L'auto-évaluation (à faire en silence sur sa feuille)
Chacun répond à 5 questions, pour soi :
- Quand quelqu'un poste une story ou un message où je ne suis pas d'accord, est-ce que je le like quand même "pour faire plaisir" ?
- Est-ce que j'ai déjà ri à une blague qui se moquait de quelqu'un — même si je trouvais ça moche au fond ?
- Est-ce que je suis dans un groupe (WhatsApp, Snap, Discord) où on se moque parfois de quelqu'un qui n'est pas là ? Qu'est-ce que je fais quand ça arrive ?
- Si quelqu'un de ma classe était cyberharcelé maintenant, est-ce que je le saurais ? Comment ?
- Si moi j'étais cyberharcelé, à qui j'en parlerais ?
Discussion collective (volontaires)
- Pas obligé de partager ses réponses
- Mais ceux qui veulent peuvent dire ce qu'ils ont trouvé difficile
- L'animateur insiste : "il n'y a pas de bonne ou mauvaise réponse — l'important c'est de s'être posé la question"
On retient ensemble
Être un auteur de gentillesse ne se décide pas le jour où il faut agir. Ça se construit dans tous les petits choix de tous les jours.
Activité 6 — Le jeu Kind Kingdom (Interland)
Durée : 15-20 min de jeu + 10 min de discussion Matériel : un appareil par enfant ou par binôme Lien : g.co/KindKingdom (gratuit, sans inscription)
L'idée
Kind Kingdom (le Royaume Bienveillant) est la zone d'Interland consacrée à la lutte contre le cyberharcèlement. L'enfant rencontre des situations où il doit choisir : ignorer, ou intervenir.
Le déroulé
- Chaque enfant joue 15-20 min.
- Retour collectif :
- Quelle situation t'a marqué dans le jeu ?
- As-tu choisi d'intervenir ? Pourquoi ?
- As-tu reconnu une situation qui ressemble à quelque chose que tu as vécu ?
- Y a-t-il une chose que tu vas changer après ce jeu ?
On retient ensemble
Le jeu nous fait essayer ce qu'on n'a peut-être jamais osé faire en vrai. Cette semaine, on peut essayer une seule chose : soutenir en privé une personne qu'on a vue se faire moquer.
🆘 En cas de problème (à connaître)
Si toi ou un copain êtes victimes de cyberharcèlement :
| Outil | Pour quoi | Comment |
|---|---|---|
| 3018 | LE numéro contre le cyberharcèlement | Gratuit, anonyme, 7j/7 — appel ou tchat sur 3018.fr |
| Un adulte de confiance | Premier réflexe | Parent, prof, CPE, infirmière scolaire |
| pHARE (programme MEN) | Si tu es en collège : ton établissement a normalement un référent | Demande au CPE |
| e-Enfance | Association de référence en France | e-enfance.org |
| Pharos | Si c'est très grave (menaces, contenu illégal) | internet-signalement.gouv.fr |
| Le bouton Signaler | Dans chaque appli (Insta, TikTok, Snap, Discord) | Souvent les 3 petits points à côté du message |
👨👩👧 Pour les parents — à la maison
Trois conversations à essayer avec votre enfant (sans forcer) :
- "Tu as déjà vu quelqu'un se faire moquer dans un groupe en ligne ?" — pas pour juger, pour ouvrir. Si oui, demandez ce qu'il a fait (rien, c'est OK aussi — pas de honte).
- "Si tu voyais que quelqu'un de ta classe se fait harceler, à qui tu en parlerais ?" — la bonne réponse n'est pas forcément "à toi" — c'est qu'il en ait UNE.
- "Et si c'était toi, qui pourrait t'aider ?" — réponse rassurante à donner si l'enfant n'a pas d'idée : "Nous, déjà. Et il y a aussi le 3018 si tu ne veux pas en parler à un adulte que tu connais."
🎓 Pour aller plus loin (encadrant)
Apports de la recherche française
- Catherine Blaya (Université Côte d'Azur, EU Kids Online) : la cyberviolence n'est pas séparée du harcèlement scolaire traditionnel — c'est un continuum offline/online. Un enfant harcelé à l'école est presque toujours harcelé en ligne aussi (et inversement).
- Climat scolaire (Éric Debarbieux) : la prévention la plus efficace est de soigner le climat général de l'établissement (relation prof-élèves, sentiment d'appartenance, gestion des conflits).
- Programme pHARE du Ministère de l'Éducation Nationale : déployé depuis 2021, articule prévention par les pairs (ambassadeurs collégiens) + référents adultes.
Pourquoi l'approche "bystander" (témoins) est centrale
La recherche internationale montre que dans 80% des cas de cyberharcèlement, il y a des témoins. Et que la simple intervention d'UN seul témoin réduit la durée de l'épisode de 50% en moyenne. C'est pour ça que ce module insiste autant sur le rôle du témoin.
📎 Ressources annexes
- Affiche "Les 5 options de l'auteur de gentillesse" (à produire phase 4)
- Worksheet "auto-évaluation cohérence" (à produire phase 4)
- Fiche encadrant : articulation avec pHARE (à produire phase 4)
📚 Sources et crédits
Ce module est une adaptation française enrichie de Be Internet Awesome — It's Cool to Be Kind publié par Google LLC et Internet Keep Safe Coalition (iKeepSafe) sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International (CC-BY 4.0).
L'adaptation inclut :
- Traduction et reformulation en français
- Adoption du ton SOS ÉCRANS (décrire avant prescrire)
- Ajout des ressources d'aide françaises (3018, pHARE, e-Enfance, Pharos)
- Intégration des apports de Catherine Blaya (continuum offline/online, approche bystander), Éric Debarbieux (climat scolaire) et du programme pHARE du MEN
- Chiffres pivots Save the Children Finland 2021 (33% silence)
- Encadrement par les Muses (architecture Prevento)
Source originale : beinternetawesome.withgoogle.com Licence : Creative Commons BY 4.0
Module préparé le 18 mai 2026 par SOS ÉCRANS — association loi 1901, RNA W751283606
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