MELPOMÈNE

reconnaître le danger

La muse qui nomme ce qu'on préfère taire.

Pilier 6 de Prevento · création originale SOS ÉCRANS (non présent dans Google BIA — Google reste très soft sur ces sujets pour ne pas effrayer) Public visé : 10-15 ans (CM2 à 3ème) · PAS pour les 6-9 ans — sujets trop lourds Durée totale : 1h30 à 2h (4 activités) Référentiel français : EMC pilier "respect d'autrui" · CRCN 4.3 (santé/bien-être) · Programme pHARE + alertes 3018


⚠️ NOTE IMPORTANTE POUR L'ENCADRANT

Ce pilier aborde des sujets graves : prédation en ligne, sextorsion, demande à caractère sexuel. Il n'est PAS pour les 6-9 ans — réservé aux 10 ans et plus.

L'objectif n'est pas d'effrayer mais d'armer. La recherche est claire : un enfant qui sait nommer ce qui lui arrive est un enfant qui peut demander de l'aide. Un enfant qui ne sait pas — qui croit que c'est normal, ou qui a honte — se tait.

Avant d'animer ce module, prévenez les parents (lettre type fournie en annexe). Si un enfant manifeste un trouble visible pendant le module, faites une pause et orientez vers un adulte de confiance.


🎯 Ce qu'on cherche à transmettre

Sur internet, certains adultes cherchent à entrer en contact avec des mineurs pour leur faire du mal. Ce n'est pas la majorité — mais ce n'est pas si rare non plus. Et leurs méthodes sont connues, reconnaissables, prévisibles.

Nous proposons aux enfants une chose simple : mettre un mot sur ces méthodes. Quand on connaît le mode opératoire, on le voit venir. On peut dire NON sans douter. On peut en parler sans honte.

Nous proposons aussi une chose importante : être honnête sur ce que Shelkid (notre app) voit et ne voit pas. Shelkid n'est pas un super-héros. Les parents et les enfants doivent savoir où sont les angles morts pour ne pas s'endormir dessus.

Melpomène, dans la mythologie grecque, est la Muse de la tragédie. C'est elle qui ose nommer ce qu'on préfère taire. C'est aussi elle qui, en le nommant, donne au héros le pouvoir d'y faire face.


📚 Vocabulaire à connaître

Mot Définition simple
Grooming (prononcer "groumeunne") La technique d'un adulte qui se rapproche progressivement d'un enfant en ligne pour gagner sa confiance, dans l'intention de lui faire du mal (souvent à caractère sexuel).
Prédateur Un adulte qui cherche à entrer en contact avec des mineurs pour les exploiter sexuellement ou les manipuler.
Sextorsion Quand quelqu'un menace de diffuser une photo ou vidéo intime de toi pour t'obliger à faire quelque chose (envoyer plus de photos, payer, etc.).
Sollicitation à caractère sexuel Toute demande d'image, vidéo, propos sexuel envers un mineur. C'est illégal en France, quelle que soit la situation.
Mineur Toute personne de moins de 18 ans (en France). La loi protège spécifiquement les mineurs.
Migration de plateforme Quand quelqu'un te dit "viens, on en parle plus sur WhatsApp / Signal / Telegram". Signal d'alerte fréquent.

🎓 Objectifs pédagogiques

À la fin de ce pilier, l'enfant devrait pouvoir :


✨ Les 4 activités


Activité 1 — Les 5 signaux du grooming

Durée : 25-30 min Matériel : tableau, présentation des 5 signaux (ci-dessous) Mise en place : présentation + discussion

L'idée

Le grooming n'est presque jamais un mouvement brutal. C'est une progression lente, étalée sur des jours / semaines / mois. Et cette progression suit un schéma quasi-identique d'une situation à l'autre. Quand on le connaît, on le voit.

📚 Source de la typologie : synthèse SOS ÉCRANS d'après Olson et al. Entrapping the Innocent (2007) — modèle « Luring Communication Theory » — croisée avec les travaux de Catherine Blaya (La cyberviolence, PUF Que sais-je? 2025) et les rapports NCMEC CyberTipline (2023). Cf. page Sources complète.

Les 5 signaux à présenter et discuter

🚩 Signal 1 — La flatterie excessive "Tu es incroyable. Tu es différente des autres. Personne ne te comprend comme moi." Pourquoi : le prédateur fait l'enfant se sentir spécial, unique, choisi. Il crée une dépendance affective.

🚩 Signal 2 — L'isolement progressif "Tes parents te comprennent pas. Tes copains sont jaloux. Heureusement que tu m'as." Pourquoi : il sépare l'enfant de ses appuis. L'enfant se replie sur lui — donc l'enfant ne peut plus demander d'aide.

🚩 Signal 3 — Le secret demandé "Garde ça entre nous. Si tes parents le savaient, ils ne comprendraient pas. C'est notre truc à nous." Pourquoi : le secret est l'arme principale du prédateur. Sans secret, il est démasqué.

🚩 Signal 4 — La question intime, le compliment physique "Tu dors comment ? Tu portes quoi pour dormir ? T'as déjà embrassé quelqu'un ? Envoie une photo de toi." Pourquoi : il franchit progressivement les limites. D'abord innocemment ("juste une photo de toi"), puis explicitement.

🚩 Signal 5 — La migration vers une autre plateforme "Viens, on en parle sur WhatsApp / Signal / Telegram, c'est mieux." Pourquoi : sur les apps grand public (Insta, TikTok, Snap), il y a une modération. Sur les apps chiffrées, plus rien. Il veut sortir du contrôle.

Le déroulé

  1. On présente les 5 signaux un par un. On donne des exemples concrets.
  2. On discute : pourquoi est-ce que ces signaux peuvent paraître "gentils" au début ?
  3. On insiste : un seul signal suffit pour alerter. Pas besoin d'attendre les 5.

On retient ensemble

Le grooming, c'est la lente fabrication de la dépendance. Quand un adulte parle à un mineur sur internet en suivant ces schémas, c'est suspect, peu importe combien il a l'air gentil.


Activité 2 — "Tu n'as RIEN à te reprocher"

Durée : 20-25 min Matériel : 4 scénarios à débrouiller (ci-dessous) Mise en place : par groupes de 3, discussion

L'idée

Quand un enfant est piégé en ligne, sa première réaction est souvent la honte. "J'aurais pas dû répondre. J'aurais dû savoir. C'est ma faute."

Cette honte est la PIRE chose — c'est elle qui empêche d'en parler. Or la loi française est très claire : un mineur n'est JAMAIS coupable d'une sollicitation à caractère sexuel par un adulte. Toujours et systématiquement, c'est l'adulte qui est en infraction (article 227-22-1 du Code pénal).

Les 4 scénarios

Pour chaque scénario, le groupe discute : est-ce que la personne a quelque chose à se reprocher ?

Scénario 1 — Léa, 13 ans, parle avec un garçon de "16 ans" sur Insta. Il est gentil, drôle. Au bout de 3 semaines, il lui demande une photo en sous-vêtements. Elle refuse, il insiste, elle finit par envoyer. Il diffuse la photo. Léa pense que c'est sa faute parce qu'elle a envoyé.

Scénario 2 — Sami, 12 ans, joue à Fortnite avec un joueur adulte qui lui offre des V-Bucks gratuits. En échange, l'adulte lui demande de garder leurs conversations privées et de lui envoyer son adresse. Sami trouve ça bizarre, il bloque, il a peur d'en parler de honte d'avoir accepté les V-Bucks.

Scénario 3 — Tom, 14 ans, échange avec une "fille" qui veut le rencontrer dans un parc. Il y va. Ce n'est pas une fille — c'est un homme de 40 ans. Tom s'enfuit, terrorisé. Il pense que c'est sa faute parce qu'il y est allé.

Scénario 4 — Lina, 11 ans, accepte une demande d'ami d'un inconnu. Il commence à dire des choses gentilles, puis demande des choses sexuelles. Lina coupe, mais elle pense que c'est sa faute parce qu'elle a accepté la demande.

Le déroulé

  1. Chaque groupe discute 10 min : qu'est-ce qu'on dirait à Léa, Sami, Tom, Lina ?
  2. Mise en commun : on fait passer le message UNIQUE :

💬 Ce qu'on dit à Léa, Sami, Tom, Lina : "Tu n'as RIEN à te reprocher. C'est l'adulte qui a fait quelque chose d'interdit. La loi française le dit : un adulte ne peut JAMAIS demander quoi que ce soit de sexuel à un mineur, peu importe ce que le mineur a dit ou fait avant. Ce n'est pas ta faute. C'est sa faute. Et il y a des gens pour t'aider, gratuitement, sans juger."

Ce qu'on retient ensemble

Si jamais ça t'arrive ou que ça arrive à un copain — la honte est un mensonge. Elle te fait croire que c'est ta faute. C'est faux. Légalement, moralement, humainement : c'est toujours l'adulte qui est coupable.

Et alors :

  1. Ne pas se taire (3018, adulte de confiance)
  2. Ne pas effacer les preuves (screenshots, conversations)
  3. Si une photo intime circule → Take It Down (takeitdown.ncmec.org/fr, anonyme, gratuit, mondial)
  4. Si grave → Pharos + plainte police (gratuit aussi)

Activité 3 — Ce que Shelkid voit, ce qu'il ne voit pas

Durée : 15-20 min Matériel : projection ou tableau Mise en place : présentation honnête + discussion

L'idée

Beaucoup de parents installent une app de protection (Shelkid ou autre) et se sentent à l'abri. Or aucune app n'est un coffre-fort. Le rôle d'un encadrant honnête est de dire ce qui est protégé et ce qui ne l'est pas — pour que personne ne s'endorme.

Ce que Shelkid VOIT

Surface Couverture Comment
Navigateur web 100% Tout ce qui s'affiche dans Shelkid est analysé en temps réel
Sites pornographiques 100% Bloqués via blocklist (~150 domaines)
Cyberviolence textuelle (FR + EN) ~70% 11 catégories : grooming, sextorsion, manipulation, suicide, drogues, radicalisation, etc.
Migration vers Signal/Telegram ~70% Détection des invitations à migrer
Alerte parent par email Délai < 5 secondes en cas de danger

Ce que Shelkid NE VOIT PAS ❌ (et personne d'autre ne le peut sans jailbreak)

Surface Pourquoi
iMessage natif (l'app Messages d'Apple) Chiffrement E2E + interdiction iOS d'intercepter les notifications d'autres apps
WhatsApp natif Idem
Snapchat DM natif Idem
Instagram DM natif Idem
TikTok DM natif Idem
Discord vocal Pas d'OCR audio
Roblox DM, Fortnite chat, Xbox chat API fermées
Images / mèmes (contenu sans texte) Pas d'analyse visuelle dans cette version

Ce que les parents peuvent faire EN COMPLÉMENT 🛡

Outil Comment
FamilyControls (iPhone) Bloquer les apps natives (WhatsApp, Snap, TikTok) au niveau du téléphone — l'enfant ne peut plus les ouvrir
Family Link (Android) Équivalent côté Google
Parler Souvent ce que Shelkid ne voit pas, l'enfant le verra. Si la relation est ouverte, l'enfant en parlera.
3018, Take It Down À installer en raccourci sur le téléphone de l'enfant — pour qu'il y ait accès direct en cas de besoin

Discussion

On retient ensemble

Aucune app n'est un coffre-fort. L'app fait sa part. Le dialogue fait le reste. Les apps qui prétendent tout couvrir, soit mentent, soit utilisent des techniques illégales (jailbreak). Notre honnêteté est notre force.


Activité 4 — Ma carte d'urgence personnelle

Durée : 15 min Matériel : une feuille/carte par enfant, possibilité d'imprimer Mise en place : travail individuel + discussion finale

L'idée

Chaque enfant construit SA carte d'urgence personnelle — un petit document qu'il garde dans son téléphone ou son agenda, qu'il peut sortir si la situation devient urgente.

Le modèle (à compléter par l'enfant)

`` ┌─────────────────────────────────────────┐ │ MA CARTE D'URGENCE │ │ │ │ Si quelque chose me dérange en ligne : │ │ │ │ 1️⃣ Adulte 1 : ________________________│ │ 2️⃣ Adulte 2 : ________________________│ │ 3️⃣ Adulte hors famille : _____________│ │ │ │ 4️⃣ 3018 (cyberharcèlement) │ │ 5️⃣ 119 (enfance en danger) │ │ 6️⃣ 17/15 (urgence vitale) │ │ │ │ Pour faire supprimer une photo : │ │ takeitdown.ncmec.org/fr │ │ │ │ Mon réflexe : │ │ → Capturer (screenshot) │ │ → Ne pas répondre │ │ → En parler │ └─────────────────────────────────────────┘ ``

Le déroulé

  1. Chaque enfant prend 10 min pour compléter sa carte (en silence).
  2. On discute : qui veut imprimer / numériser sa carte pour l'avoir sur soi ?
  3. Conseil : prendre une photo de la carte sur le téléphone pour l'avoir toujours sous la main.

On retient ensemble

Cette carte, on espère ne jamais l'utiliser. Mais le fait de l'avoir préparée, calmement, à l'avance, fait une différence énorme si un jour il y a urgence.


🆘 Récap des outils SPÉCIFIQUES à ce pilier

Pour quoi Outil Spécificité
Faire supprimer une photo intime Take It Down (NCMEC) Anonyme, gratuit, mondial. Même pour les photos qu'on a soi-même envoyées.
Cyberharcèlement / grooming 3018 Premier réflexe
Demande sexuelle d'un adulte Pharos + plainte police C'est un délit. La police prend très au sérieux.
Suspicion d'enfant en danger 119 24h/24
Urgence vitale 15 / 17 24h/24

👨‍👩‍👧 Pour les parents — à la maison

Trois conversations à essayer avec votre enfant (sans forcer) :

  1. "Tu sais ce que c'est, le grooming ?" — beaucoup de parents pensent que leur enfant connaît le mot. La plupart ne le connaissent pas. Expliquer simplement.
  1. "Si un adulte t'écrivait, qu'est-ce qui te ferait penser qu'il faut t'en méfier ?" — laissez-le réfléchir. Sa réponse vous dira ce qu'il sait déjà — et où il a besoin d'aide.
  1. "Je veux que tu saches que si jamais ça t'arrive, je ne te jugerai PAS. Jamais. Et je ne confisquerai pas ton téléphone." — c'est la phrase qui peut, un jour, faire la différence entre "il en parle" et "il se tait".

📎 Ressources annexes


📚 Sources et crédits

Ce module est une création originale SOS ÉCRANS (mai 2026), basée sur :

Ce pilier n'existe PAS dans Be Internet Awesome (Google) — Google reste très soft sur ces sujets pour éviter d'alarmer. SOS ÉCRANS fait le choix de l'honnêteté armée : nommer ce qui existe pour que les enfants puissent y faire face.


Module préparé le 18 mai 2026 par SOS ÉCRANS — association loi 1901, RNA W751283606

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